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La Fontaine d’amour

 

[transcription par Elise Rajchenbach]

 

 

Charles Fontaine

Lyon, Jean de Tournes, 1545

 

BnF, Réserve p Ye 2084.

Exemplaire comportant p. 8 un autographe de Ian Cardinal de Loraine, 1498–1550. Bel exemplaire doré sur tranche (reliure xviiie siècle ?)

a 1 ro – LA FONTAI- // NE D’A- // MOUR, // * // Contenant Elegies, Epistres & // Epigrammes. // [cœur] // [marque de Jean de Tournes] // A LYON, // Par Iean de Tournes. // 1545.

In–8, a8–m8, 192 pages.

 

Les élégies et les épîtres ne sont pas reproduites ici.

 

 

a 1 volautheur aux dames. – aux medisans.

 

LAUTHEUR AUX

DAMES

 

Gardez vous de toucher ce Livre,

Mes Dames, il parle damours :

Cest aux Hommes que je le livre,

Que lon tient plus constans tousjours.

Laissez le aller vers eulx son cours :

A eulx, & non à vous est deu.

Mais vous le lirez nuictz et jours,

Puis que je vous lay deffendu.

 

AUX MEDISANS

 

Faulx envieulx, meschans railleurs,

Cerveaux tous creuz, & esventez,

Qui de rien ne vous contentez,

Narrestez cy, marchez ailleurs.

 

a 2 ro – a 4 vo, p. 3–8 – A TRESHAULT, et tresflorissant // prince, monseigneur // le duc d’or- // leans, // * // charles fontaine // humble salut.

Lettrine L, personnages.

a 5 ro, p. 9 – La Fontaine d’amour. Elegies. La I. elegie.

Lettrine B, florale.

d 6 vo, p. 59 – fin des elegies.

d 7 ro, p. 61 [pas de p. 60] – La I. epistre.

Lettrine Q florale.

f 4 vo, p. 88 – fin des epistres.

f 5 ro, p. 89 – Epigrammes. – * – A catin.

Lettrine C, angelot.

h 6 vo, p. 124 – fin de la fontaine d’amour.

h 7 ro, p. 125 – AU LECTEUR. sizain

h 7 vo – blanc

h 8 ro – S’ensuyvent deux livres d’epigrammes, Du mesme Autheur, & de diverse matiere.

h 8 vo – A monseigneur Du Peyrat Lieutenant general pour le Roy en la seneschaulcé de Lyon. Charles Fonatine Salut. Dizain.

i 1 ro, p. 129 – Le premier livre. A Monsieur de Tiraqueau, Conseiller en parlement à Paris

Lettrine S, florale.

k 8 vo, p. 160 – Fin du I. livre des epigrammes.

l 1 ro, p. 161 – Le Second livre des epigrammes.

l 1 vo, p. 162 – A Monsieur Morelet de Museau, Conseiller du Roy, & Ambassadeur pour ledit Seigneur en Suisse : Seigneur de la Marcheferriere, & du Bourgeau, Charles Fonatine Salut. Huitain.

l 2 ro, p. 163 – Le second livre. L’autheur à son Livre.

Lettrine T, florale.

m 8 ro, p. 191 – Fin du II. livre des epigrammes.

m 8 vo, p. 192 – Limprimeur au Lacteur. Quatrain.

 

 

b 1 r:

 

A Treshault et tresflorissant prince, monseigneur le duc d’Orleans.

Charles Fonatine Humble salut.

 

LON voit par commune observation (Prince tresnoble, & treshumain) que les Autheurs de quelques œuvres, apres labeur & travail de leur esprit, quierent quelque grand personnage de nom, & dauthorité à qui les presenter : pour trouver en fin soulas & support, à fin quilz ne soient tousjours en perpetuelle peine, misere, & povreté, que les lettres apportent à la plusgrand part de ceulx qui les poursuyvent. Ou pour lhonneur & gloire : à fin que soubz couleur, & faveur de quelque grand nom, & tiltre, leurs œuvres en soient mieulx recueillies, & illustrees à perpetuelle memoire. Mais moy ny pour l’une ny pour lautre de ces raisons principalement, je vous viens offrir le present recueil. Combien que toutes [a 2 vo, p. 4] deux me feroient bien besoing, à cause de ma grande petitesse soit desprit, soit de biens. La principale cause qui ma enhardi, & induit à vous faire le petit present, ha esté pour donner recreation à vostre noble & gracieux esprit. La noblesse, & vertu duquel ne pourroit estre suffisamment exprimees, ne poursuyvie dun si bas style que le mien, attendu le grand renom de vostre humanité tresgrande, & singuliere amour des lettres : lequel nest sans le faict comme (moy indigne) ay congneu par experience, quand par plusieurs fois de vostre grace & benignité naturelle mavez faict recueil à Paris, lieu de ma naissance, ou vous ay premierement presenté quelque chant de ma petite Muse, que avez si bien pris, que apres en avoir eu la lecture lenvoyastes à madame Marguerite vostre tresnoble & tresvertueuse sœur, comme monsieur Maynus, homme certes non moins comblé de science que de bonté & humanité, ma recité : qui en fut luy-mesme le porteur, & lecteur par vostre commandement : & ce faict, commandastes de vostre liberalité que me fust delivré quelque present. Or est il (pour rentrer à mon propos) que je sçay, & ay aucunement experimenté que ce monde est remply de fascheries, & daffaires : & que mesmement la Court est tousjours pleine dimportunitez : en quoy convient, tant aux grans que aux petis, que lesprit travaille. [a 3 ro, p. 5] Parquoy est de besoing pour le recreer & resjouyr, user de quelque passetemps & repos honneste. Comme dit bien la dame Phedra en son Epistre, Que toute chose qui ne prend repos & recreation par intervalle, nest point de duree. Dont advient que les aucuns eslisent, et sadonnent aux jeux de cartes, des eschetz, & de tables : desquelz passetemps apres le temps consumé on ne peult (au mieulx) remporter que lhonneur, ou largent. Mais de la recreation et passetemps des lettres (qui nest jamais sans honneur) on en remporte tousjours (sans doubte de rien perdre) quelque fruit de la lecture qui donne joye, & liesse à lesprit, soit par moyen de quelque invention, ou allegation de fables, ou hystoires qui rentrent bien au propos.

            Voyla donc la cause (Duc tresnoble & de grand espoir) pour laquelle jay pris la hardiesse de vous offrir ce present petit livret, contenant aucuns esbatz & passetemps de ma petite Muse en sa jeunesse. Mais si quelques gens desprit Stoiques, & de jugement trop severes, me veulent reprendre de mettre en lumiere ces petites choses joyeuses, traictans damours, je leur puis respondre que je ne suis seul, ny le premier. Car les Anciens, & Modernes, tant Françoys que Latins, lont bien faict sans aucune reprehension, ains avec fruict, & honneur. Aussi ne doibt on pas legerement juger de lapersonne qui escript telles cho[a 3vo, p. 6]ses damour, joyeuses & recreatives, plus que vicieuses : principalement dun Poëte, en lesprit duquel y ha tousjours je ne scay quoy de gayeté naturelle, sans laquelle (j’ose dire) ne se peult appeler Poëte. Et de la vient que anciennement les Poëtes ont fainct, & inventé plusieurs choses plaisantes, pour avoir matiere, & occasion descrire, comme des Nymphes de boys, des Fleurs, des Fleuves, des neuf Muses qui sentretiennent par la main, & dansent sur la verdure. Du mont Helicon, & de Pernasus : de Apollo, qui joue de la harpe : de Bacchus, tousjours jeune & joyeux : de venus, de Cupido, de Pan, des Faunes & satyres, qui ont avec eulx quelques voluptez & lascivitez non à despriser en poësie. Catulle escrivoit ainsi à Aurelius, & Furius, qui laccusoient dimpudicité, pour raison de ses vers lascifz.

Nam castum decet esse pium poëtam

Ipsum, versiculos nihil necesse est :

Qui tum denique habent salem, ac leporem,

Si sunt molliculi, ac parum pudici :

Et quod pruriat incitare possunt.                             Que jay traduictz en cette sorte,

Il fault que soit bon le Poëte

Pudique, & daffection nette :

Mais de ses vers nest ja besoing.

Qui mesmement plus en sont loing,

Tant plus ont de saveur, & grace, [a 4 ro, p. 7]

Quand on les sent comme à la trace,

Doulx, chatouilleux, & impudiques :

Non point severes, & pudiques.

Ovide ha ainsi escript parlant de soymesmes :

Crede mihi mores distant à carmine nostro :

Vita verecunda est, Musa jocosa mihi.                    Que jay traduict,

Entre mes mœurs, & le mien metre

Grand difference lon peult mettre :

Ma vie est honneste, & honteuse :

Mais ma Muse est un peu joyeuse.                           Aussi pareillement Martial,

Innocuos censura potest permittere lusus :

Lasciva est nobis pagina, vita proba est.                   que jay traduict,

Rigueur peult bien joyeux esbatz permettre :

Ma vie est bonne, impudique est mon metre.

Lempereur Adrian ha ainsi orné le Tombeau du Poëte Voconius :

Lascivus versu, mente pudicus eras.                          Que jay traduict,

En vers tu estois impudique :

Mais chaste en cueur, & bien pudique.

Je nay ces choses alleguees pour me justifier, & rendre innocent : car quand bien seroit que jauroye conjoinct lexperience avec lescriture, ce ne seroit nouveaulté, ne cas si reprehensible. Il est tout seur que Ti-[a 4 vo, p. 8]bulle poëte beau de corps, & sçavant desprit, eut pour amye Nemesis : Properce, Cynthia : qui par fois luy aidoit à parfaire ses vers, tant estoit sçavante. Comme aussi la Corinne, à Ovide : Lesbia, à Catulle. Mais je voy que ce Proëme est ja parvenu à juste longueur, & que lœuvre nest telle qu’elle requiere long propos ny ostentation : & aussi je crains que pour estre plus long, joccupasse trop vostre haultesse, laquelle veuil, & doy advertir, & prier dexcuser avec ma hardiesse, les choses imparfaictes que jay escrites en ma grande jeunesse, qui nest pas, & ne peult estre communement conjoincte avec prudence, & jugement, enfans de usage, & de memoire. Et si je sens que la basse veine de ma Fontaine en ce sien premier ruissel, soit bien receue : vostre cueur noble ne doibt doubter qu’elle fera son devoir par cy apres, de vous envoyer autres ruysseaux coulans avec eau plus abondante, & plus fructueuse.

 

a 5 ro, p. 9:

Elegies

 

La i. Elegie.

« Belle de face, & gente de corsage […] »

 

a 6 vo, p. 12:

La ii. Elegie.

« Si ton oeil vif, & de telle poincture […] »

3 derniers vers :

« Mais puis que nas laffection estaincte, / Non sans cause est que pourchasse tant d’heur. / Peu parler fault à un bon entendeur. »

 

a 7 vo, p. 14:

La iii. Elegie.

« En reduisant en memoire ta grace […] »

 

b 1 ro, p. 17 :

« Si tu congnois le travail, & la peine […] »

 

b 2 ro, p. 19 :

La v. Elegie.

« La ou tu sçais, je ne pris jamais aise […] »

 

b 2 vo, p. 20–21 :

La vi. Elegie.

« O Meschant sort, ô mauldicte fortune […]. »

 

b 3 ro, p. 22 :

La vii. Elegie.

« Si pat avoir sur toy jetté ma veuë […] »

 

b 4 ro, p. 23 :

La viii. Elegie.

« A Pres que jay par troys, ou quatre fois […] »

 

b 5 ro, p. 25 :

La ix. Elegie.

« Par cest escrit (Dame) je ne pretends […] »

 

b 6 vo,p. 28 :

La x. Elegie.

« Belle pour qui à tort suis accusé […] »

 

b 7 ro, p. 29 :

La xi. Elegie.

« Pour resjouir mon cueur qui est tout tien […] »

 

b 8 ro, p. 31 :

La xii. Elegie.

« Un jour ainsi que lun vient, lautre part […] »

 

c 1 ro, p. 33 :

La xiii. Elegie.

« Si je tescry, ce nest pas sans raison[…] »

 

c 2 ro, p. 35 :

La xiiii. Elegie.

« En attendant avoir de toy secours […] »

 

c 3 vo, p. 38 :

La xv. Elegie.

« De te rescrire abstenir ne me puys […] »

 

c 4 vo, p.40 :

La xvi. Elegie.

« De trois regretz mon cueur fut surmonté […] »

 

c 5 vo, p. 42 :

La xvii. Elegie.

« A Pres que jay bien veillé, & nay peu […] »

 

c 7 ro, p. 45 :

La xviii. Elegie, faicte pour le recepveur de Glatigny adressee à Monsieur du Breuil.

« Mon bon Seigneur par devers vous jadresse […] »

 

d 1 ro, p. 49 :

La xix. Elegie.

« Escrire veulx (encore que nay mye […] »

 

d 2 vo, p. 52 :

La xx. Elegie.

« Puis que pour moy Cupido ha tant faict […] »

 

d 4 ro, p. 55 :

La xxi. Elegie.

« Ny ha il point quelque pitié en femme […] »

 

d 4 vo, p. 56 :

La xxi. [sic] Elegie.

« Jay bien souvent esté meu vous escrire […] »

 

d 6 vo, p. 59

fin des elegies.

 

d 7 ro, p. 61 : Epistres.

La i. Epistre.

« Quand en tes mains ce livre frequentoit […] »

 

d 7 vo, p. 62 :

La  II. Epistre.

« Et jours, & nuictz, pensant à ta beaulté […] »

 

d 8 vo, p. 64–65 :

La iii. Epistre.

« Depuis que j’eu lautrier en la Karolle […] »

 

e 1 vo, p. 66 :

La iiii. Epistre.

« Dame d’honneur, dexcellence, & de pris […] »

 

e 2 ro, p. 67:

La v. Epistre.

« Jay esté meu de rechef te rescrire […] »

 

e 2 vo, p. 68

La vi. Epistre.

« A quoy tient il (Dame) qu’a ma semonse […] »

 

e 3 vo, p. 70:

La viii. Epistre.

« Quand vous plaira jecter loeil sur ces lettres […] »

 

e 5 ro, p. 73:

La viii. Epistre.

« En tescrivant, de toy je ne me plains […]

 

e 6 ro, p. 75:

La ix. Epistre.

« Quand tu mme voys tescrire de rechef […] »

 

e 6 vo, p. 76:

La x. Epistre.

« Sil est ainsi quon se mect en mesnage […] »

 

e 7 vo, p. 78:

La xi. Epistre.

« Si au traict doeil on entend à peu près […] »

 

e 8 ro, p. 79:

La xii. Epistre.

« Si au songer on peult prendre fiance […] »

 

e 8 vo, p. 80:

La xiii. Epistre.

« De nostre faict voluntiers escrivois […] »

 

f 1 ro, p. 81 :

La xiiii. Epistre.

La Superscription.

Epistre va à seureté,

Aux deux dames de grand beaulté.

« Quand jay beaucoup appliqué ma pensee […] »

 

f 1 vo, p. 82:

La xv. Epistre.

« Si par navoir attendu grand longueur […] »

 

f 2 ro, p. 83–84 :

La xvi. Epistre.

« Mercy te rends de la tienne response […] »

 

f 3 ro, p. 85 :

La xvii. Epistre, par la Damoyselle à qui sadressoit la precedente.

« Mercy te rends, & ay veu ton escrit […] »

 

f 3 vo, p. 86:

La xviii. Epistre, responsive à la precedente.

« Quand à l’esprit qui composa la lettre […] »

 

f 4 ro, p. 87 :

La xix. Epistre.

La superscription.

Epistre va droit au deux sœurs

Pleines de grace, & de doulceur.

« Par un esbat, & comme en passant temps […] »

 

fin des epistres.

 

 

f 5 ro, p. 89 :

 

Epigrammes.

*

A Catin

 

Catin, ton chant, & doulce voix,

Mon cueur, & sens ha resjouy.

Et en tescoutant tant de fois,

De grande liesse ay jouy,

Quand si doulx chant de toy j’ouy.

Or ton chant avec toy mourra,

Et apres toy ne demourra :

Mais ce petit chant de ma Muse,

Longtemps apres moy durera :

Oy le donc, & ne le refuse.

 

A quelque dame.

 

Vostre boucquet ets plus riche que moy,

Car il est tout de fin or, & de soye.

Et dessus moy, or, ne soye ne voy.

Mais nonobstant que rien moins je ne soye

Que son pareil, & que je ne me voye

Si richement vestu, paré, orné

Certes jamais ne le refuseroye,

Venant du lieu dont il me fut donné.

 

Autre.

 

La bourse que donné m’avez [f 5 vo, p. 90]

Dune affection tant heureuse,

Est belle, grande, & plantureuse,

Et vault plus que ne me debvez.

Mais (madame) vous ne sçavez,

Ce que men ont dict en maintz mieux,

Plusieurs amys qui ont bons yeulx,

Et en telz cas tresbien expertz :

Un mal y ha (dont beaucoup perds)

Que ne fut pleine descuz vieux.

 

De Anne.

 

Quand me joue à Anne, elle dit,

Or deportez vostre jeunesse :

Mais si par jeu je nay credit,

Ne le puis je avoir par largesse ?

Largesse en est la grand prouesse :

Largesse y vaut plus que sagesse.

Quand donc la vainqs par fonsement.

Dun jeune homme rien que jeu n’est ce,

(Ce dit Anne) & par mon serment

Il fault supporter sa jeunesse.

 

La jeune Dame se plainct de son Mary vieillard.

 

Quand souvent je pry mon Mary,

Il me respond, je suis marri

Quil faut que je vous le refuse :

Nest ce pas une belle excuse ?

 

f 6 ro, p. 91

 

Plus est veoir, que lire les beaultez.

 

Quant à beaulté, lexperience

De regard, & de vive voix

Vault davantage, & mieulx cent fois

Que la lecture, & la science.

 

De la doulceur damours.

 

Jay veu que desprisoye amours :

Mais maintenant tout au rebours,

Depuis qu’ay gousté sa doulceur,

Il ny ha ne frere ne sœur,

Il ny ha ne Grac, ne Latin,

Qui me gardast daymer Catin.

 

A sa Dame.

 

Ma bonne amye, jay songé

Que prenois les Grues volantes.

Que dit cela ? est ce congé

Et refus des choses plaisantes,

Que soubz paroles trop cuisantes

Me donras, me ballant la grue ?

Garde ten bien. car tost je rue

Fort & ferme sur deux, ou trois :

Et ay songé que je les tue.

Cela dit que men vengerois.

 

Autre à sa Dame.

 

Ne tesbahy de ce grand froid, [f. 6 vo, p. 92]

Comme il gele à pierres fendantes :

Car toures chaleurs sont tout droit

Devers mon foible cueur tendantes.

Toutes les grans chaleurs branslantes

Au monde (Amye) ont dit adieu,

Et se logent au beau milieu

De mon cueur : forte amour lordonne.

Approche donc de ce chault lieu,

A celle fin que je ten donne.

 

De son hostesse.

 

Madame Jeanne mon hostesse,

Autant belle quil en peult estre,

Me demandoit si querois maistre :

Non (dy je) mais une maistresse.

 

A une Damoiselle qui avoit un antrac au doz.

 

Madamoyselle tant benigne,

Il fault appliquer la lancette,

Non sur l’antrac de ton eschigne,

Mais sur ta playe vermeillette.

 

De Catin

 

Ainsi comme Catin se mire,

En peignant son beau chef doré,

Le Soleil vient droit dessus luyre :

Et ha si beau chef adoré.

 

f. 7 ro, p. 93

 

Autre.

 

Par un matin Catin se mire,

Et peignant son beau chef doré :

Mais le Soleil ses rays retire,

De deuil quil ha & de grand ire,

De veoir un chef si bien paré.

 

A M. Pierre Saliat.

 

Pour tes estreines je te donne

Ce que je ne me puis donner.

Cest une amye belle, & bonne :

Riche, sage, telle personne

Que tu sçaurois bien blasonner.

 

Autre, dun Amant mallade par trop aymer.

 

Pour un Amant resusciter

Transi damours tant que cest rage,

On luy vient dire, & rapporter

Quil prenne un petit de courage,

Et quil laura en mariage.

Il se guerit : on lamarie

A un autre. saincte Marie

Nen perd il point lentendement

Pour telle proye ainsi perie ?

Non : mais deux fois meurt seulement.

 

f 7 vo, p. 94

 

De Anne la belle.

 

Anne est si sage, bonne, & belle,

Que bien me veuil mirer sur elle.

 

De Martin qui avoit gaigné le proces par lequel il plaidoit pour avoir femme.

 

Martin playdoit une monture :

Son proces gaigna daventure.

Dessus monta, vers la minuict,

Car cestoit monture de nuict.

 

A une Dame.

 

Si vraye amour merite recompense,

Et si pitié na perdu son pouvoir,

Chef de beauté il faudra bien quon pense

De quelque octroy gracieux me pourvoir.

Car si pitié n’ouvre tes yeux pour veoir

Lestat auquel je suis pour taymer seule,

T’amour en fin me sera une meule

Pendue au col, me plongeant en la Mer

De desespoir, ou sans fin je me deule

De tel aymer, trop plus que fiel amer.

 

A Catin.

 

Prié tavoye (amye) en amytié,

Que souppissions hier ton Oye grasse : [f. 8 ro, p. 95]

Mais tu nen mis au feu que la moytié :

Ne suis je donc qu’ademy en ta grace ?

 

A quelcun.

 

Tu tesbahis quen champs & villes

Je me ry tant avec les Filles :

Plus mesbahis de tes façons,

Qui tant vis avec les Garsons.

 

A une Damoyselle, touchant son Espie.

 

Ce jourdhuy, veille de dimenche,

Jay plus de cent fois souhaitté

Que ce Mouchart dedans ma manche,

Comme mon mouchoir eust esté.

Bien durement leusse traicté.

Tu es asseurée de faict,

Que je leusse bien molesté

Autant ou plus quil nous ha faict.

 

A une Dame qui differoit trop.

 

Je tayme damour si extreme,

Que je me donne à toy moymesme :

Si tu ne veulx jouyr de moy,

Au moins que je jouysse de toy.

 

f 8 vo, p. 96

 

Autre.

 

Fy de long temps faire aux Dames la court:

Jayme quon mayme, & quon le face court.

 

A celle qui craignoit la tempeste.

 

Ce jourdhuy pour lamour du temps

Tu ne veulx coucher avec moy :

Mais (amye) si tu lentends

Te garderay de tout esmoy.

Car si la fouldre en grand effroy

Descend avec un gros tonnerre

Fauldra que pres de toy me serre :

Pour tasseurer tembrasseray :

Puis te livreray autre guerre

Si tost quentre tes bras seray.

 

De la perte d’un Anneau.

 

Je lay pardu bien meschamment

Lanneau que nay porté quun jour :

Mais si jen eusse gentiment

Faict quelque Dame par amour !

 

A une Damoyselle qui avoit la fievre.

 

Madamoyselle, si la fievre

Qui de soupper vous ha gardée, [g 1 ro, p. 97]

Couroit aussi viste quun Lievre

Quand les Chiens lauroient regardée :

Tost eust esté contregardée

Vostre beaulté de sa malice.

Car pour chasser la faulse lice,

Jeusse hallé grans chiens expres,

A fin de vous faire service,

Queussiez recongneu puis apres.

 

De Catin.

 

Souvent je veulx baiser Catin,

Laquelle nose pour la mere

Me baiser ne soir, ne matin :

Qui est dure chose, & amere.

Un jour la mere par mystere

Fut deceue sans y viser,

Catin vient lenfant appaiser,

Mais elle entend bien son latin.

Lors je fay semblant de baiser

Lenfant, & je baise Catin.

 

De la Femme, & du Navire.

 

Entre une Femme, & un Navire,

Il ny ha pas beaucoup à dire :

Car tous deux (qui veult monter)

Ne sont faictes que pour porter.

 

g 1 vo, p. 98:

 

A Dame Jeanne.

 

Jay congneu deux belles fillettes,

Lune à Angers, & lautre à Tours :

Toutes deux jeunes, gentes, nettes,

Et bien propres en leurs atours :

Dignes de Royalles amours.

Toutes deux portans le nom d’Anne :

Toutes deux blanches comme mannes :

De cueurs gays, & de corps legers :

En ce different (dame Jeanne)

Lune est de Tours, lautre ets d’Angers.

 

A Catin.

 

Catin ma gentille brunette,

Tu tes faicte saigner du bras :

Pour estre plaus saine & plus nette,

Il te falloit saigner du bas.

 

A une dame, de son departement.

 

Ton grief depart m’a departi :

Et ton depart te laisse entiere,

Car mon cueur sest de moy parti

Pour te suyvre à coste, ou arriere :

Le seul corps demeure derriere.

Mais tu as ton cueur à toute heure, [g 2 ro, p. 99]

Car avec moy point ne demeure.

O avare qui as deux cueurs,

Rens men lun, ou bien je tasseure

Sans plus attendre je me meurs.

 

Contre Amour.

 

Amour fuy ten au loing de moy,

Avec tous tes bancquetz, & pompes

Tu nes que par dueil, peine, & esmoy,

Et le meilleur en fin tu trompes.

 

A Catin.

 

Fuy ten de moy, fuy ten arriere:

Car ta beaulté tant singuliere

Trop dangereux mal me pourchasse,

Si tu ne me fais quelque grace.

 

De Amour, qui faict feu, & eau.

 

Je mesbahy quen eau je suis fondu,

Qui nay jamais les povres joues seiches :

Plus mesbahy qu’Amour ne ma rendu

Tout converti en cendres, & flammesches,

Aussi aisé comme petites mesches.

Je suis le Nil, & suis le mont Etna :

Etna, pourtant quau monde tel feu na :

La Nil, pourtant que je fondz tout en pleurs. [g 2 vo, p. 100]

Feu, boy ces pleurs qu’Amour me resigna :

Pleurs restraignez ce feu, & ces chaleurs.

 

Divine femme qui sesbahissoit comment elle estoit sterile.

 

A une dame de Bretaigne,

Doubtant pourquoy ne concevoit,

Luy respondy quelle resvoit

En presence de sa compaigne :

Et que ne men esbahy point.

Lors elle en veult sçavoir le poinct,

Que tost declairer je ne daigne.

Mais quand en train je fus entré,

Je luy dis quelle estoit brehaigne,

Et son mary estoit chastré.

 

A dame Michelle.

 

Je te renvoye ton livret,

Tout sain & sauf dame Michelle,

Preste men un autre secret

De ta librairie plus belle :

Ou de cueur, de corps, & grand zele ;

Par maintes nuictz jestudiray,

Et les fueilletz retourneray.

O le trebeau, & plaisant livre !

Auquel sil te plaist jescriray. [g 3 ro, p. 101]

Dy donc le mot, & me le livre.

 

Au Lecteur.

 

Estre ne veulx en mesme livre

Spirituel et terrien :

Puis lamour, puis la vertu suyvre,

Brouillant le mal avec le bien.

Mais les Anciens le font bien,

Qui ont vescu tant bien prosperes.

Tout cela je ne ignore rien :

Mais je ne veulx suyvre mes Peres.

 

De Catin.

 

Je fuis trop plus viste qu’un Lievre,

Devant la face de Catin :

Car ny mon Grec, ny mon Latin

Me garderoient de chaulde fievre.

 

A Catin.

 

Si tu es constante à maymer,

En mes œuvres te feray vivre :

Vivre sans fin, sans consumer,

Telle recompense te livre.

Ton nom sera de mort delivre,

Soit par mes vers, soit par ma prose.

O que plusieurs (si leur bouche ose) [g 3 vo, p. 102]

Diroyent (amy) jen suis daccord !

Car qui vouldroit plus belle chose,

Que vivre encor apres la mort ?

 

A deux Damoiselles qui eurent la fievre lune apres lautre.

 

Vous estes donc deux (ce me semble)

Damoiselles bonnes ensemble :

Car ce que lune va laissant,

Lautre le va tost embrassant.

Mais je pren un cas qui se face

Cest que lune te lautre embrasse.

 

A damoiselle Bievre.

 

Pour guerir damoiselle Bievre,

Droict en sa chambre me rendray :

Et seule seul la surprendray.

Je luy feray perdre la fievre.

 

Les propos dun Vieillard.

 

Un vieillard maintenr vouloit

Que son engin estoit plus fort

Que de tout temps il ne souloit :

Et je nen estois pas daccord.mais de son dire il neut pas tort,

La raison qui vouldra, lentende. [g 4 ro, p. 103]

Jay veu que tout seul il se bende

(Dit il) mais ores sur ma foy,

Si nous ny sommes (quon me pende)

Bien empeschez ma femme, & moy.

 

A une qui luy refusa un baiser.

 

Un baiser tu mas refusé,

Comme rusée, & non pas fine.

Mais je mestois bien abusé,

Baiser te fault (belle Robine)

Dun Maure la grosse babine

Sentant son Bouc. ou bien Pernet

Qui faict cent fois plus laide mine,

Que maistre Pierre du coignet.

 

Dun bouquet envoyé à une dame, huitain qui nest de Lautheur.

 

Va mon bouquet puis que tant es heureux

Destre logé sans soupson, & sans crainte

Avecques celle, ou moy trop malheureux

Ne puis donner sinon de lœil attainte.

Au moins bouquet pour faire ton devoir,

Si tant de bien te pouvoit advenir,

Que dans un lict nue la peusse veoir,

Souhaitte moy vif en ton lieu venir.

 

g 4 vo, p. 104 :

 

Le Bouquet respond, faict par Lautheur.

 

Sil ne tenoit sinon à mon souhait,

Ne la verrois en un lit toute nue,

Ainsi que moy, qui joyeux & dehait,

Mais sans nulz yeux ly ay veue, & reveue :

Sans main touchée, & sans bouche baisée,

Nestant esmeu : mais toy tout au contraire

(La chose en est à croire bien aisée)

Tu luy ferois ce que je nay peu faire.

 

A une menteuse.

 

Tu te devois de grand matin lever,

Pour me venir en ma chambre trouver :

Mais le dormir, ou autre amy tamuse.

Bren donc pour toy, & bren pour ton excuse.

 

Response au propos dune dame.

 

Une Dame (en amours grand proye)

Un jour me dit, & me propose

Que le bout du nez rouge avoye :

Mais je neu pas la bouche close,

Ains luy respondy promptement :

Aussi ay je bien autre chose

Dame à vostre commandement.

 

g 5 ro, p. 105 :

 

A dame Thomasse.

 

Dame, & bonne amye Thomasse,

On dit que tu es toute hommasse :

Et que je suis tout femenin.

Je te pry donc de cueur benin

Trouve toy quelque part seulette,

Tu sauras si je suis fillette :

Lors par mesme moyen en somme

Je scauray bien si tu es homme.

 

De dame Claire.

 

Quelcun disoit à dame Claire,

Nespargnez si avez affaire

De quelque chose que je pisse

(En cuydant dire que je puisse)

Elle respond, sil vient à poinct

Je ne vous lespargenray point.

 

De Lautheur qui tomba de cheval.

 

Le genoil qui sert à Venus,

Ha eu des maulx à ce matin,

Si ces maulx luy sont advenus

Par bien chevaucher en Latin,

Je men rapporte à ma Catin.

Mais un bon gentil Robinet [g 5 vo, p. 105]

Quay rencontré au matinet,

A mon secours est accouru.

Je pry Dieu de cueur franc, & nect,

Quonc ne coure comme ay couru.

 

A quelque amy.

 

La Dame qui tant te farfouille,

(Si de ses jeux entends la source)

Cherche si tu as bonne bourse :

Non pas si tu as bonne couille.

 

Au Lecteur.

 

Les Epigrammes ont licence,

Et de poindre, & de chatouiller :

Et pourtant lignorant ne pense

De me venir cy barbouiller,

Que trop mes vers je vien souiller,

Et que joffense les oreilles.

Lepigramme est mal accoustré,

Sil ne point. Mais voicy merveilles,

Qui vit onc Priapus chatré ?

 

A une Dame.

 

Tu me fais bien mourir en languissant,

Dame pour qui je souffre tant de peine :

Car faulx rapport qui va affoiblissant [g 6 ro, p. 107]

Mon povre cueur, ma trop mis en hayne.

Mais sil te plaist ces jours en bonne estreine,

Donner congé de parler à ma bouche,

Et nestre plus si estrange, & farouche,

Tu congnoistras quenvers toy nay mespris :

Et que tamour si vivement me touche,

Que suis tousjours ton prisonnier bien pris.

 

Estreines.

 

Chef de beaulté que Dieu feit estrené

Pour recreer mes sens, & mes Espritz,

Si nas esté de par moy estrené

Jusque à ce jour, ne me metz à despris,

Ny mon present qui est de petit pris,

Vers la splendeur de la fleur de ton aage.

Mais toutesfois il vient de bon courage,

Et le bon cueur faict le present valoir.

Avec lequel me donne pour hostage

A ta puissance, & à ton hault vouloir.

 

Dune Damoiselle, & dun glorieux qui lavoit en gouvernement.

 

Je mesbahy Madamoiselle,

Que tu te souffres tant garder,

Que ny au jour, na la chandelle

Lon ne te ose pas regarder. [g 6 vo, p. 107]

Or si diray je, sans bourder,

Que tu nes point Yo, quil faille

Que Juno à garder te baille

A Argus garny de cent yeulx.

Mais ton Argus est de sa taille:

Car il est assez glorieux.

 

Dune Fille de Tours.

 

Pour ma petit Tourengelle,

Tant gracieuse honneste, & belle,

Souvent jendure froid, & chault.

Je voys, je viens, & ne me chault

Que je despende par la voye,

Tant seulement mais que la voye.

 

A la Dame qui avoit mengé du boudin pour lamour de luy, & contre sa coustume.

 

Puis quavez mengé le boudin

Pour lamour de moy : je feray

Quun plus beau vous presenteray

Quand viendrez en nostre Jardin.

 

De Catin.

 

Catin se plainct, catin se deult,

Quelle ne voit tous mes escriptz : [g 7 ro, p. 109]

Et dit, je veulx que me les livres.

Puis quand jentends ses plaintz & criz,

Je suis content s’elle me veult

Donner ses lebvres pour mes livres.

 

Dun Mercerot.

 

Un Mercerot troussant ses hardes,

Se fiche au doigt quelques eschardes :

Et dit, lors quil men trouvoit mal,

Petite chose faict grand mal :

Sa femme respond, aussi bien

Petite chose faict grand bien.

 

A une Damoiselle.

 

Je sens en moy regner dame Discorde,

Et cest par toy, & si tu nen peulx mais :

Amour qui art, contre Crainte Discorde :

Crainte me serre, Amour vainc desormais,

Et ha juré quil vaincra à jamais.

Puis que de toy ce different procede,

Donne conseil, faveur, ayde, & remede,

Jugeant ainsi que le requiert le droict.

Ne te mesorens, acr seule es qui possede

Tout le moyen de la cause orendroit.

 

A une Dame.

 

Lœil navré, lœil ne me peult guerir : [g 7 vo, p. 110]

Malade suis, lœil nest pas ma santé :

Œil si tu veulx me rendre contenté,

Soubdain te fault le vray content querir.

 

Autre.

 

Navré mavez, vous me pouvez guerir :

Malade suis, & ma santé vous estes.

Excusez moy, car voz maintiens honnestes

Mont enhardy le remede querir.

 

Autre.

 

Œil responds moy, pourquoy mas tu navré ?

Langue, pourquoy as tu mon cueur ravy ?

O mon las cueur si tu nes assouvy,

Jamais pour vray ma liberté navray.

 

De Amour.

 

Amour gouverne la personne :

Amour au cueur la joye donne :

Amour presente tout service :

Et ny ha rien quamour ne puisse.

Amour bien hault entreprendra :

Amour à son honneur viendra.

Amour nous dompte, Amour nous change.

Mais nest ce point un cas estrange ?

On dit quamour nest quun enfant :

Je le trouve un Dieu triumphant.

 

g 8 ro, p. 111 :

 

A soymesmes.

 

Amour, je ne sçay comment cest,

Mais sans cesse, ne sans arrest,

Dedans le ventre me fretille :

Il me debat, il me petille.

Comme les femmes à mon tour

Ne serois je point gros d’amour ?

Or je pry doncques saincte Avoye,

Que descharger tost, & à joye.

Saincte pres, & saincte concorde,

Saincte grace, & saincte midericorde,

Saincte gente, & saincte menue,

Saincte abas, & saincte corps nue,

Saincte blonde, & saincte ragonde,

Et sainste premiere, ou seconde,

Saincte toute, & saincte chascune,

Saincte clere, & saincte opportune,

Saincte adresse, & saincte rencontre,

Quilz men envoyent bonne encontre.

 

A une Dame.

 

Aux Innocens quand vous me dictes,

Que priasse bien Dieu pour vous,

Je le fey : donc par mes merites

Je veulx gaigner vostre cueur doulx.

Plus de cent fois, mais à tous coups [g 8 vo, p. 112]

Disois ainsi ma patenostre :

Le Dieu damours la face nostre.

Mon cueur devot, à vostre advis,

Priant si fort lamour du vostre,

Prioit il pour les mors, ou vifz ?

 

A la Dame sans mercy.

 

Ta beaulté me donne esperance :

Ta cruaulté desesperance :

Espoir me paist, & vient nourrir :

Mais desespour me faict mourir.

 

Autre.

 

Par toy je vis, par toy je meurs :

Je vis en te voyant si belle :

Mais je mœurs par tes dures meours,

Quand je te sens si fort cruel.

 

Les trois perfections de sa Dame.

 

Je tayme plus que mes deux yeulx,

Car tu sçais bien parler, & taire,

Et par grand artifice faire

La chose que jayme le mieulx.

 

A un amy.

 

Bon Amy, dune bonne amye,

Ce jourdhuy te veulx estrener : [h 1 ro, p. 113]

Car tu dis que tu nen as mye,

Qui est assez pour mestonner.

Une Nymphe te veulx donner,

Que soubz maint arbre, & mainte branche

Iras cherchant, soit brune, ou blanche.

Ce present je tay voulu faire,

Dune bonne volunté franche :

Car on en ha souvent affaire.

 

A Damoiselle Blaise.

 

Tu sçais tresmal temporiser,

Ma gente Damoiselle Blaise :

Mais si tu ne me veulx baiser,

A tout le moins que je te baise.

 

Estreines.

 

Amy Datiches, pour estreines,

Je te donne cent mille peines

A trouver une amye telle,

Quen beaulté passe les Heleines :

Mais par sa rigueur trop cruelle

Quen fin ne puisses jouyr delle.

Je tesreine comme je doy :

Cest asçavoir de mesme moy.

 

h 1 vo, p. 114:

 

A une fille.

 

Si humble & doulx me trouveras,

Que tout service te feray :

Mesme quand crotée seras,

De bon cueur te decroteray.

 

A une Dame.

 

Je suis joyeux pensant estre en ta grace,

Que sil est faulx le mien tel pensement,

Confesser doy que ne congnoy la trace

Du Dieu damours, ne son avansement,

Et que mon œil y voyoit troublement.

Mais sil y voit assez cler, sans doubtance,

Son jugement doit avoir importance.

Confesse donc, autrement ton soubz ris,

Maintien, regard, feront signifiance,

Que amour secret est declaré soubz ris.

 

De Dame Rolline.

 

Si femme y ha de bonne grace,

Gente de corps, belle de face,

Et à toutes vertus encline,

Je dy que cest Dame Rolline.

 

Autre.

 

Dame Rolline se comporte, [h 2 ro, p. 115]

Et parle de tant bonne sorte,

Que quiconque loyt (& lorra)

Dist, cest une autre Pandora.

 

A une Damoiselle, qui se railloit de deux gentilzhommes, qu’elle appelloit ses prisonniers.

 

Madamoiselle est ce raison

De tenir les gens en prison,

Et puis apres se railler deulx ?

Sainct Jean si estois lun des deux,

Je trouverois bien la maniere

De vous tenir ma prisonniere.

Croyez que je men vengerois :

Et quelque chose vous ferois.

 

Estreines.

 

Dame, que peult le cueur nostre,

Qui est vostre,

Pour estreines vous donner ?

Fors à vous se redonner :

Non à autre ?

 

Dizain va ten, & me quiers celle Joyeuse, & honneste pucelle.

 

Le vert boucquet de belles violettes [h 2 vo, p. 116]

Si bien troussé, si gay, si façonné,

Que lautre hyer pris entre ses mammelettes,

Ma doulce amour, tel soulas ma donné,

Tel grand plaisir, dont suis environné,

Que jour & nuict luy fay recueil, & feste.

Le jour cent fois à le baiser marreste :

La nuict le metz dessus mon traversain.

Puis quand me prent quelque mal à la teste,

Jespere en toy, car il vient de ton sein.

 

De samye.

 

Je ne veulx plus mes yeulx repaistre,

A contempler la beaulté d’ame :

Car quand voy ma maistresse, & Dame,

Je voy tout ce qui en peult estre.

 

A samye.

 

Cest un grand bien certes que destre à soy :

Mais plus grand bien, amye, destre à toy

Qui est à soy, il ne jouyt de rien :

Qui est à toy, il jouyt dun grand bien.

 

A une Damoiselle qui avoit la fievre.

 

Je mesbahy, Madamoiselle,

Qu’à ceulx qui veulent vostre bien, [h 3 ro, p. 117]

Et qui vous ayment de bon zele,

Ne vous laissez toucher en rien.

Mais vous laissez taster tresbien

A ceulx qui vostre mal desirent :

Qui vous troublent, faschent, detirent.

Voilà, la fievre vous embrasse,

Et estraint fort : ce quonc ne feirent,

Ceulx qui desirent vostre grace.

 

Autre.

 

Pleust à Dieu que seulement fusse

Fievre trois jours : je vous ferois

Autant de tours quonques feit pulce,

Sur vostre corps, ou je serois.

De vous (croyez) me vengerois :

Sur vous nauroit ne nerf ne veine,

Que je ne misse en grosse alaine.

Et (qui ne vous ose toucher

En tout honneur) vous faisant peine,

Je viendrois avec vous coucher.

 

Estreines.

 

Vostre beaulté est si extreme,

Que je ne puis lestrener, si

Ce nestoit que fusse moymesme

Lestreneur, & lestreine aussi.

 

h 3 vo, p. 118 :

 

Le propos de deux Dames.

 

Une Dame qui damours tient,

Demande à lautre ayant du bien,

Comment son Mary lentretient :

Qui luy respond froidement, bien

(Dit elle) il ne my faict rien,

par mon serment le bon corps dhomme :

lautre respond rondement, comme

il sensuit (mais ce fut en prose)

mieulx vaudroit quil ne fust en somme

si bon, & vous feist quelque chose.

 

A la Dame sans mercy.

 

Je te sçay tant de grace avoir,

Que jayme mieulx cent fois te veoir,

Que je ne fay mon propre cueur.

Penses tu que je sois moqueur ?

 

Dun païsant.

 

Un païsant de la champaigne,

Ayant une vachere belle,

Si fort layma que sa compaigne

La veult faire, & monter sur elle.

Son occasion estoit telle,

Que sa femme estoit accouchée.

La garse non effarouchée [h 4 ro, p. 119]

Le remect loing : un veau luy baille.

S’elle eust esté par luy touchée,

Deux en eust eu, divers de taille.

 

De samye, trop froide, & de Lyver trop peu froit.

 

Vous estonnez vous si Lyver

Ne se peult au monde trouver ?

Au monde ne se trouve mye,

Il se tient au cueur de mamye.

 

Autre.

 

Qui lyver vouldra recouvrer,

En Janvier ne le peult trouver :

En Janvier ne le quiere mye :

Mais le quiere au cueur de mamye.

 

A une Dame Lyonnoise.

 

Ce livre je vous envoye

Nest à la court moins estimé,

Que celuy qui se mect en voye

Est de vostre cueur bien aymé :

Amadis de Gaule est nommé,

Qui fut preux aux amours, & armes :

Aussi vostre cueur bien armé

Nest sans amours, ny sans alarmes.

 

h 4 vo, p. 120:

 

De Catin.

 

Catin veult que souvent la voye:

Que tousjours avec elle soye.

Cest adire que je laccolle.

Devinez si catin est folle ?

 

A un amy.

 

Ce moys de May mal gracieux,

Tant plein de vent, & de grand pluye :

Ce moys de May tant pluvieux,

Qui les oydeaux, & gens ennuye,

Rendant la saison endormye,

Sçais tu quil faict ? cest chose aperte,

Quil va plorant de mon amye

Avec moy, labsence, & la perte.

 

De Catin. A un amy.

 

Bon amy quand ton œil verra

Dames sans grace, & sans beaulté,

Dy hardiment, Catin leur ha

Tout desrobé, & tout osté.

 

A Jehan Bidault.

 

Quand je suis pres tu te retires,

Quand je suis loing adonc tu sors :

Voilà comment tu me martyres, [h 5 ro, p. 121]

Et puis desprit, & puis de corps.

Va ten don tout dun train dehors,

Donne a mon corps allegement,

Ou à lesprit contentement.

En temps, & lieu, soit pres, ou loing

(Pour dire en un mot rondement)

ne sors point, ou sors au besoin.

 

A une Dame.

 

Toutes les nuictz quand me resveille,

Amour me faict en vous penser :

Mon petit cueur sans cesse y veille.

Vueillez le donc recompenser.

 

A Antoine Du Moulin.

 

Quel plaisir selon nature est ce,

Qui apporte plus grand lyesse,

Quavoir continuellement

La Dame à son commandement ?

Que destre tousjours autour delle,

Parlant de lœuvre naturelle ?

Qye deviser de son amour,

Et la baiser cent fois de jour ?

O quil est heureux, & bien aise,

Qui sans cesser devise, & baise !

Qui mil baisers nestime exces, [h 5 vo, p. 122]

Fuyant tout ennuy, tout proces,

Fuyant toute humaine follie,

Qui engendre melencholie.

Recommançant cent fois & mieulx,

Tout en despit des envieux.

Et demenant heureuse vie,

Mal gré malle bouche, & envie.

Mesprisant tous honneurs, & biens,

Fors ceulx que lamour donne aux siens.

O de rechef, ô vie heureuse,

Seule vie, vie amoureuse !

O derechef quil est heureux,

Qui en ce poinct est amoureux !

Je laisse courir benefices :

Je quicte ma part des offices,

Je desprise largent, & lor,

Pour jouyr de si grand tresor.

Je dy plus : je mesprise mesme,

Sceptre, couronne, diadesme,

Du grand Juppiter immortel,

Si en amour puis estre tel.

Quel plaisir selon nature est ce,

Qui apporte plus grand lyesse,

Quavoir continuellement

La Dame à son commandement ?

 

[h 6 ro, p. 123]

 

De Anne.

 

Petit ennuy qui est mal fade,

Tout soubdain rend Anne malade :

Puis tost quelque mousche soubdaine,

Vous rend Anne bien gaye, & saine.

Tantost au lict, ou en la chambre,

La verrez vaine de tout membre.

Tantost en bouticque, ou en rue,

La verrez saine, gaye, & drue.

Tantost crier, tantost besler,

Tantost venir, tantost aller,

Tantost pleurer, & tantost rire,

Tantost jaser, & tantost lire.

Tantost aller aux champs sesbattre,

Faisant la folle plus que quatre :

Tantost destomach flumatique :

Tantost de teste fantastique :

Tantost crier le costé dextre :

Helas allez querir le prebstre.

Tantost blesme, & tantost vermeille :

Brief cest la femme nompareille,

Qui se maintient de telle sorte :

Tantost est vive, & tantost morte.

Mais le proverbe accomplit elle,

Lequel dit que le femme est telle :

Femme se plaint, femme se deult : [h 6 vo, p. 124]

Femme est malade quand el’ veult :

Elle ha juré saincte Marie,

Quand elle veult estre guerie.

O doncques (Anne) par ce poinct

De toy je ne mesbahy point.

 

fin de la fontaine d’amour.

 

 

h 7 ro, p. 125:

 

AU LECTEUR

 

Je sçay quentre mes petis chantz

Du livret damour non delivre ;

Qua ce beau May je te delivre,

Comme dherbes dessus les champs,

Trouveras vers bons, & meschantz.

Mais autrement faict on un livre ?

 

 

h 8 vo, p. 128:

 

A   M O N S I E U R   D U   P E Y -

r a t   l i e u t e n a n t   g e n -

n e r a l   p o i r   l e   r o y

en la seneschaulcÉ

de lyon.

C h a r l e s   F o n t a i n e

Salut.

*

Ce moys qui ha de Lannee lhonneur,

Prenant son nom de la mere à Mercure,

Ce Moys tant plain de grace, & de bon heur,

Qua tout esprit toute joye procure,

Ce Moys duquel zephyrus à pris cure,

Ce Moys qui faict rire les gens, & champs,

Te veult offrir de la Muse les chantz :

Non pas les chantz du messager des Dieux.

            O vray Mercure, à le prendre en bon sens,

Excuse moy, ta Muse chante mieulx.

 

 

[i 1 ro, p. 129]

 

Le Premier livre

 

        A Monsieur Tiraqueau, Conseiller en parlement à Paris.

Si jestois la Fontaine aux Muses,

Jentends d’Helicon la fontaine,

Je ferois, sans quelques excuses,

Courir mon eau par mont, par plaine,

Jusque à Paris, ou est la Seine,

Mais je suis tant petit ruisseau,

Que leau de ma petite veine

Nose tirer vers Tiraqueau.

 

        A Monsieur du Puys, Lieutenant particulier en la Senechaucé de Lyon.

Il semble bien que sans doubter,

La Fontaine avec ses conduitz,

Devers le Puys se doit porter :

Car elle aura pour saufconduitz

(Selon que comprendre je puis)

Ceste convenance certaine :

Mais je crains, car tu es grand Puys,

Et je suis petite Fontaine.

 

[i 1 vo, p. 130]

 

        Du Roy

En France sont beaulté, sagesses :

En Françoys sont force, & prouesse :

En Françoys est bonté expresse.

Or jugez donc de Françoys quest ce ?

        De la Royne de Navarre.

Marguerite en faict, & en dict,

Est encor plus que lon nen dit :

Car le beau Soleil en tout aage

Ne veit Royne plus noble, & sage.

        A Madame la Princesse de Navarre, qui avoit esté malade.

Il fault chasser tout dueil dehors,

Tresnoble, & illustre Princesse :

Plus ne fault parler de tristesse :

Mais fault chanter par bons accordz,

Dueil ha donné lieu à la lyesse,

Puis que maladie ha pris cesse

De tourmenter ce petit corps.

        A Monsieur Christofle Boulaud, Advocat en Parlement à Paris.

Ton cueur tant bon, & tant aymable,

Liberal, prompt, & secourable [i 2 ro, p. 131]

(Sans oublier tes autres freres)

promect toutes choses prosperes.

 

[i 2 ro, p. 131]

 

        Aux Dames

Les Epigrammes qui sensuyvent,

Vous pouvez lire hardiement :

Car le train des premiers ne suyvent,

Ilz sonnent plus modestement.

Lisez, oyez asseurément,

O mes Dames, il ny ha rien

De chatouilleux. Mais voirement

Vous ne les lirez pas si bien.

        De Lannee presente

Tresbien se porte cest an cy,

Ce dit le monde en mainte part.

Il se porte bien Dieu mercy :

Mais lon ne sçait pas sur le tard,

Quelz dangers, & maulx adviendront.

Car il est bien en grand hazart,

Que les usuriers se pendront.

        A Monsieur maistre Françoys Verius chanoine de Mascon.

Je ne tavois point salué de bouche

Jusque à ce jour recreant mon Esprit, [i 2 vo, p. 132]

Quand par rencontre on se voit, & se touche,

Quand le bon heur avec ton œil me rit.

Or je vueil bien encores par escrit

Te saluer, & par affection,

Pour le renom qui de ton sçavoir bruit,

Et de ton cueur plain de perfection.

 

[i 2 vo, p. 132]

 

        De la mort, & de Marot.

Marot vivant avoit un pied sur Mort,

Et Morte mort navoit rien dessus luy.

Or à present quelle ha faict son effort

Dessus son corps, qui nestoit le plus fort,

Quelle ha navré, & meurdry aujourdhuy,

Elle ha un pied dessus luy voirement.

Mais tost sera vengé de la cruelle :

Car son envie aura deffinement,

Et luy aura de loz redoublement :

Et par ainsi aura deux piedz sur elle.

 

        A Monsieur Vincent Hugand, Esleu de Mascon.

La fontaine nayme point tant

Lauthorité, & la richesse,

(Que tout le monde va vantant)

Comme des Muses la Caresse,

La liberté, & la lyesse, [i 3 ro, p. 133]

Que la vertu veult compasser.

Tu aymes Muses, pourtant est ce

Ma Muse te veult caresser.

 

[i 3 ro, p. 133]

 

        A Monsieur le chevalier Rochefort.

Lhumanité, & le sçavoir,

Ce sont deux poinctz dont tu excelles :

Ce sont en toy deux vertus telles,

Qua les congnoistre, & les bien veoir,

Je ne sçay laquelle dicelles

Plus de louange doit avoir.

Mais je sçay qu’a la verité

Phebus plain de divinité,

Dit que immortel te feront elles,

Ces deux grans vertuz immortelles,

Le sçavoir, & lhumanité.

 

        A maistre Jacques Bryau : sur son partement, pour aller en Italie.

Amy Bryau, veulx tu si brief

Laisser tes Oncles, & ta Mere,

Et tes deux sœurs ? las, il est grief,

Cest departie trop amere.

Ton sejour, & ta bonne chere

Leur plaist affectueusement : [i 3 vo, p. 134]

Mais ne leur plaist ton partement.

Or as conclud veoir les Itales.

Va donc :je te pry que heureusement

Facent les deesses fatales.

 

[i 3 vo, p. 134]

 

        Epitaphe de feu Monsieur Budé : en son vivant maistre des Requestes du Roy.

Cy gist Budé, qui attaignit le but

De hault sçavoir pendant quil fut en vie :

Mais en payant le naturel tribut,

A Atropos par trop plaine denvie,

O viateur, pense tu quil desvie ?

Je dy que non : car mort il vivra mieulx,

Et plus (malgré la mort non assouvie)

Quil ne feit onc icy entre les vieulx.

 

        A Monsieur le Viconte de Usez.

Grec, & Latin sont deux belles sciences :

Viconte, donc puisqu’aux deux tu commences,

Sus, à grans coups, de soir, & de matin,

Me soit gallé ce Grec, & ce Latin.

 

        A Maistre Annemond Polier procureur de Lyon : lors qu’il fut Marié.

Ces jours passez Apollo me feit dire,

Que jesperois te veoir bien marié. [i 4 ro, p. 135]

Quand à ce poinct, plus nespere, ou desire :

Car le bruit court ques tresbien allié,

Et par honneur heureusement lié

Avec Juno Dame tousjours Fleurie.

Seulement donc je te desire, & je prie,

Que je te voye aussi Juppiter estre,

Pour faire à tous qui cherchent tromperie,

Sentir bien sec la fouldre de ta dextre.

 

[i 4 ro, p. 135]

 

        MAY. A Marguerite Senneton Lyonnoise.

Pres sainct Nisier tant renommé,

Là se maintient la Marguerit.

O gentil May tant bien nommé,

Cest la fleur doulce, qui merite

Louange, & faveur non petite.

Va donc vers elle sans sejour :

Car sa bonne grace me incite

Luy donner par toy le bon jour.

 

        MAY. A sa commere, qui ha en sa devise, la Dame porte le verd.

May, joly May, de vert vestu,

May plain dhonneur, de grace, & joye:

May qui sur tous portes vertu,

Pren de Lyon la droite voye, [i 4 vo, p. 136]

Vers la Dame à qui je te renvoye

Avec ton chef de vert couvert.

Va hardiment, & ne tesmoye,

Car la Dame porte le vert.

 

[i 4 vo, p. 136]

 

        MAY. A sa commere Glaude Brielle Lyonnoise.

De toutes amours je men ry,

Depuis que je suis marié.

Donc (ma commere) jay prié,

Et encor à present je pry,

Que ton bon cueur soit aliié

Par ce beau May, dun bon mary.

 

        MAY. A Marie Brielle Lyonnoise.

May, ve ten droit vers la Marie,

Jentends ceste belle brunette,

La jeune maistresse à Fleurie,

Qui se tient là en la Grenette :

Tu la trouveras gente, & nette :

Porte luy salut en mon nom.

Et quelque autre fois ma rimette

Luy donnera plus grant renom.

 

[i 5 ro, p. 137]

 

        A Lamye de Maistre Antoine du Moulin Masconnois.

Je ne sçay pas quelle estoit la Cynthie,

Ny Nemesis, Lesbie, & la Corine :

Mais je veulx bien que tu soys advertie,

Que ton amy nest pas delles indigne :

Qui te fera de leur loz, & nom digne.

(O Dame heureuse en ses graces diffuses !)

Car cest Moulin renommé, & insigne,

Qui moult tousjours pour lhonneur, & les Muses.

 

        A Monsieur de Saleignac, docteur de Monseigneur le Cardinal de Lorraine.

Gisant au lict de fievre tierce,

Vostre arriver ay entendu :

Et combien que ce mal me perse,

Me trouble, me tourne, & renverse,

Tout soubdain ma joyeux rendu

Vostre arriver non attendu.

Si que douleur, & joye ensemble

Font un combat, dont tout je tremble.

Or, Monsieur, le cas entendu

Faictes vaincre qui bon vous semble.

 

        Lautheur aux Medecins, de son Mal de teste.

Les Cyclopes sen vont forgeans [i 5 vo, p. 138]

Dedans ma teste jour, & nuict :

Et ne vont beuvans ne mengeans,

Ny à my jour, ny à minuict,

Disans que fabriquer leur duit.

Stereopes trop lenclume estonne :

Puis Pyracmon à grans coups tonne :

Et sans repos lun lautre suyt.

Brontes souffle un grand feuy qui bruit.

Forgent ilz chose malle ou bonne ?

 

[i 5 vo, p. 138]

 

        Au prieur de Daulmont.

De toy, de ton amytié

Bien au long je desire escrire :

Mais à cela que je desire

Ne suis suffisant amoytié.

 

        A sa sœur.

A toy ma sœur, ma seule sœur à toy,

Qui as esprit assez digne de moy,

Voys descouvrant toutes les oeuvres miennes,

A celle fin qua louer Dieu tu viennes.

Sus donc ma sœur, ma seule sœur or sus,

Loue sans fin le hault Dieu de la sus,

Dequoy tu voys durant tes jours maint livre,

Qui apres mort fera ton frere vivre.

 

[i 6 ro, p. 139]

 

        Du chant des oyseaulx, Et bruit des ruisseaux.

Ruisseaux courrans entre les buyssonnetz

Avec doulx bruit resjouyssans loreille,

Et vous aussi mes gentilz Sansonnetz,

Tarins, Sereins, Rossignolz mignonnetz,

Qui decoupez de grace nompareille

Mille motetz gracieux à merveille,

Vous me incitez, avecques voz sons netz,

Chanter chansons, ballades, & sonnetz,

Et puis heulser le cul de ma bouteille.

 

        De Marot.

Quand David voyons en maint Pseaulme,

Parlant Françoys par le Royaulme,

A qui en dirons grand mercy ?

A Marot qui traduit ainsi.

 

        Autre.

Martial, le gentil poëte,

Parle Françoys beau, & plaisant,

Et maint Epigramme luysant :

A Marot en debvons la debte.

 

        De Monsieur de Canaples Capitaine, & Canape Medecin.

Canape, & Canaples, sont deux [i 6 vo, p. 140]

En France vaillans personnages.

Tous deux en leur art seurs, & preux,

Tous deux expertz, bien mœurs, & sages.

Lun est des plus hardis courages,

Bon deffendeur, preux assaillant.

Lautre qui ne va bataillant,

Deffend les corps de mal, & peine.

Brief lun est Medecin vaillant,

Et lautre est vaillant Capitaine.

 

[i 6 vo, p. 140]

 

        A un sien amy.

Si tu me viens demander (Pierre)

Si maladie vault santé,

Te respondray, sans que je y erre,

Car je lay experimenté,

Par un mal qui ma tourmenté

Tout le cerveau, & la cervelle.

Il est vray que santé est belle :

Mais elle est un peu dissoluë :

Maladie, amy, nest pas telle,

Et si de nul nest bien vouluë.

 

        Autre.

Si maintenant sçavoir pretends,

Qui revisite mes amours,

Je me doubteray que tu tends [i 7 ro, p. 141]

A leur donner pour moy secours :

Ainsi croistra mon aml tousjours :

Mais cessera tost en effect :

Car je iray au guet nuitz, & jours

Pour te y prendre dessus le faict.

 

[i 7 ro, p. 141]

 

        Lautheur à son compere le Sire Iean de Rochefort Lyonnois.

A mon retour dedans Lyon,

Ou Dieu aydant de brief seray,

Je prye Dieu daffection,

Que lors que chez vous jentreray,

Et quand vostre seur saluray

Le mal madvienne, que je doubte.

Cest que tel retour je feray,

Que chez vous je ny voye goutte.

 

        A Maistre Antoine Senneton.

Tes propos de tant bonne grace,

Font que Fontaine tayme, & te prise.

Mais ton sçavoir qui la surpasse,

La rend quasi comme entreprise,

Doubteuse, confuse, & surprise,

Si par ses vers te salura.

Brief, de tescrire trop esprise,

Ce petit huytain donra.

 

[i 7 vo, p. 142]

 

        A Monsieur du Peyrat Lieutenant de Lyon : presenté sur les Rampars de sainct Just.

Bien sois venu de Lyon Lieutenant

En ces ramparts, ou Pallas la Deesse,

Qui est aux siens tousjours la main tenant,

Ha adressé, & maintenant tadresse

Le ruisselet, qui pour sa petitesse

Ne sose pas vers toy nommer Fontaine :

Mais toutesfois sa tant basse richesse

Te va offrant : cest sa oetite veine.

 

        A Sire Ymbert Faure Lyonnois.

Tu es beau, & de belle taille,

Honneste, & gracieux aussi,

Et à qui la fortune baille

Des biens assez : il est ainsi.

Mais toutes fois oultre cecy,

Je dy fortune de devoir

Un poinct, que si tu peulx avoir

Tu seras par tout triumphant :

Lors la Grenette pourra veoir

De ta façon un bel enfant.

 

        A Monsieur Nicolle Mellier Lieutenant de Monsieur le Juge ordinaire de Lyon.

Si ce jourdhuy que Aeolus le grand Roy, [i 8 ro, p. 143]

Ha descouvert la caverne des vens,

Qui vont soufflans en tempeste, & desroy,

La nue, & lair, leur naturel suyvans,

Non que de mal en ce monde servans.

Si ce jourdhuy doncques tel que dessus

Ta faict monter, non le mont Parnasus,

Mais bien le mont qui est de toutes pars

A Mars sacré, qui veult regner ça sus :

Il faict devoir, car cest le jour de Mars.

 

[i 8 ro, p. 143]

 

        A Maistre Jean Gravier.

En tattendant le long de la sepmaine,

Nous tavons heu lors que le vieil Saturne,

Triste, & tardif regnant en son dommaine,

Le temps, & gens de tristesse importune :

Mais toutesfois si à heure opportune,

Fais delivrer argent sans contester,

Saturne aura assez bonne fortune,

Et vauldra bien Sol, Mars, & Juppiter.

 

        A Sire Philibert Trougnart.

A ce beau jour de Venus gracieuse,

Qui nonobstant est lamye de Mars,

Sil est ainsi que ma Muse joyeuse

Te veult donner salut sur ces Rampars,

Cesr pour autant quen plusieurs autres pars [i 8 vo, p. 144]

Tu es distraict, soit par pluye, ou par vent :

Et jay regret que de nous tu te pars,

Et quil nous fault te perdre si souvent.

 

[i 8 vo, p. 144]

 

        A lhonneur des Lyonnois

Un grand honneur est deu certainement

A ceulx qui ont amour à leur païs :

Loz immortel appartient seurement

A ceulx qui ont bons statuz establiz,

Par qui les gens sont ornez, & poliz.

Mais quel grand loz, & quel monceau de gloire

Aux Lyonnois, plains de vertu notoire,

Qui par argent, & gens un million,

Pour bien plumer, & barrer Laigne noire,

Vous font Lyon aussi fort quun Lyon ?

 

        A Dame blanche.

Blanche je dy que tu es brune,

Et pardonne à ma Muse franche :

Blanche je te dy sans rancune,

Que tu es blanche, & nes pas blanche.

 

        A Colin malheureux.

Tu maintiens que tu as vescu

Quarante bons ans, & entiers :

Et que ne vis onc un escu, [k 1 ro, p. 145]

Non pas demy, non pas tiers

Qui fust tien : Car par durs sentiers

La povreté ta pourmené,

Et ta tousjours des maulx donné,

Et de maladie, & de guerre.

Mais je maintiens que ta langue erre.

Rabbas trente ans de tout ton vivre :

O miserable sur la terre,

Vivre en peine, ce nest pas vivre.

 

[k 1 ro, p. 145]

 

        A Monsieur Maurice Sceve.

Tes vers sont beaux, & bien luysans,

Graves, & plains de majesté :

Mais pour leur haulteur moins plaisans :

Car certes la difficulté

Le grand plaisir en ha osté.

Brief ilz ne quierent un Lecteur,

Mais la commune autorité

Dit quilz requierent un docteur.

 

        De maistre Christofle Boulaud advocat à Paris.

Boulaud est rond comme une boule,

En faictz & dictz va rondement.

Boulaud boult tout damour qui coule

De son bon cueur incessamment. [k 1 vo]

Boulaud est rond parfaictement,

Et en sa rondeur par tout roule.

O Boulaud, ne sçay bonnement

Par escript declarer comment,

De taymer mon cueur se saoule.

 

[k 1 vo, p. 146]

 

        Du bon Michault.

Maint detracteur, & mesdisant

Vient sur les gens de bien, gronder,

Du bon Michault sen va disant,

Quil ne faict rien que gourmander :

Silz ne se veulent amander

Je les iray contredisant.

Et sil fault que les contredise,

Je maintiendray, sans trop cuyder,

Quilz sont menteurs pour leur devise.

Menger du bon (qui bien y vise)

Nest gourmander, mais friander.

Nest gourmandise, ains friandise.

 

        A un Importun.

Tu tesbahis quon ne te veult respondre,

Quand tu requiers de plaisir, ou de bien :

Tu entends mal, ou quon te puisse tondre :

Assez respond qui ne te respond rien.

 

[k 2 ro, p. 14]

 

        De Michault le bon mesnager.

Michault vous faict tousjours grand chere,

Et ne luy chault combien il couste :

Il nespargne pour sœur ne frere,

Il desjeune, il disne, & puis gouste.

Boit, menge, & nulz maulx ne redoubte,

Froide cuysine ne veult suyvre.

Que diray plus ? en somme toute,

Michault sçait bien comme il fault vivre.

 

        Autre.

Michault menge tousjours la miche,

Boit du meilleur, & nest point chiche,

Et si ne peult devenir riche.

 

        Maistre Jacob à Lautheur.

Puis quen Fontaine y ha si grand plaisir,

Mesme en la rime, & art de rhetorique,

De boire en elle ay un si grand desir

Pour sa vertu qui est tant authentique.

Leau qui en part estr tressubstantifique,

Qui lesperit eclarcit promptement.

Peu jen ay beu, & men sens grandement :

Mais si je puis encores jen bevray

A mon souhait, & si abondamment,

Que sçauray mieuls de poësie au vray.

 

[k 2 vo, p. 148]

 

        Autre.

Si mes ecritz sont baignez, & lavez,

Comme jespere, en la clere Fontaine,

Plus ne seront de bon sens depravez,

Car ilz tiendront de trop meilleure veine.

 

        Response par Lautheur.

En la Fontaine in estanche la soif,

En la Fontaine on se lave, & se mire.

En la Fontaine on prent soulas bien souef,

Quand on y voit la belle eau clere luire,

Qui lesprit peult esclaricir, & instruire.

Mais pour trouver une Fonatine telle,

En sa vertu, & si bonne, & si belle,

Ne fault chercher de Paris la Fonatine :

Mais bien plus tost il fauldroit chercher celle

De Pegasus, tant sacree, & tant saine.

 

        Estreines. A Bartolomy Royet, & sa femme.

Prenez en gré ceste petite estreine,

Le pot à leau venant de la Fontaine.

 

        Maistre Nicolle le Jouvre à Lautheur.

Sans une longue, & lourde maladie,

Qui ma rendu maigre, palle, & deffaict, [k 3 ro, p. 149]

Et dont ma teste est encore eslourdie,

Je teusse escrit, O bon amy parfaict.

Mais je ne suis encore bien refaict,

Parquoy te pry la faulte me remettre,

Si je ne puis user de longue lettre.

Car je suis tant du long mal affoibly.

Que ny pourroye adjouster un seul metre :

Ce nonobstant ne tay mis en oubly.

 

[k 3 ro, p. 149]

 

        Response par Lautheur.

Tu ne mas pas en oubly mis,

Ainsi comme ta Muse chante :

Car (amy entre tous amy)

Ta lettre de douleur trenchante,

Tout de dueil, & dennuy m’enchante.

Mais je prie, O cueur anobly,

Que ta maladie meschante

Pouyr jamais te mette en oubly.

 

        A Monsieur Danesius.

Seigneur, ton disciple petit

(Lequel en tes doctes lectures

ha bien pris si grand appetit,

que souvent dernier en partit,

pour tes dictz mettre en escritures)

peult il comprendre assez ta veine

de sçavoir, & de doulceur pleine ?

ton eloquence des plus pures ?

non : tu es mer, il est fontaine.

 

        A Phebus malade.

Phebus le Dieu de medecine,

Doit il querir un Esculape,

Qui le pense, & le medecine,

De peur que la mort ne le happe ?

Quand je serois Evesque, ou Pape,

Si ne puis entendre cecy.

Mais mettez moy demain la nappe,

Et je iray veoir sil est ainsi.

 

        Autre.

Ton mal de pied sans allegence,

Phebus, vient il de ton amye,

Ou de Venus ton ennemye,

Te donnant son mal par vengence ?

 

        A ses deux amys Monsieur Maurice Sceve, & maistre Bartholomy Aneau.

Si vostre Esprit estoit en moy,

Je ne faindrois de vous escrire :

Car jentends bien, & si le voy,

Quen luy pouvez trop mieulx eslire.

Ce que les sçavans vouldroient lire.

Mais je vous escry seulement

Pour donner vostre jugement

Sus mes passetemps de jeunesse.

      Va donc, livret, doubteusement

Recevoir d’eulx sentence expresse.

 

[k 4 ro, p. 151]

 

        A Monsieur maistre Jacques de Cambray Chancelier de Bourges, estant à Ferrare.

On te faisoit mort par deça

Y ha un an, amy parfaict.

Mais depuis quelque temps en ça,

Par du Moulin certain fus faict,

Quil nen est rien de ce cas la.

Or (bon amy) jayme plus fort

Qu’en vie sois de pardela,

Que par deça tu fusses mort.

 

        A son Cousin maistre Jean Bureau.

A Dieu Tornus velle petite,

Mais que sur toute jayme bien,

Pour un Bureau, qui y habite,

Damytié digne, & de tout bien.

Or à dieu, Bureau, que je tien [k 4 vo, p. 151]

Plus cher que fin drap en plain jour.

A dieu le Grenier, & le Four.

Je ne te dy à Dieu, la Saone,

Car sil te plaist à mon retour

Maccompagneras jusque au Rosne.

 

[k 4 vo, p. 152]

        A Jean Chalant.

Je diray dieu gard le Chalant,

Qui rit, & rime voluntiers :

Qui se maintient tousjours galant,

Des verdz, & des plus entiers,

Qui va semant tous les sentiers

Dequivoques galentement,

En disant devant tous rotiers,

Passe ly gourt joyeusement.

 

        A maistre Guillaume de Troëmont.

La jeunesse sçavante, & belle,

La simplicité de pucelle,

Mais la bonne amour, me semond

De saluer un Troëmont.

 

        A Monsieur Morelet, Conseiller du Roy, Seigneur de la Marcheferriere.

Si, veu ton sens, & ton sçavoir,

Pouvoient mes vers la force avoir [k 5 ro, p. 135 [sic]]

De testrener suffisamment,

Tu dois bien croire seurement,

Ma Muse en feroit son debvoir :

Ma Muse basse doublement.

 

[k 5 ro, p. 135 [sic]]

        A Monseigneur le Daulphin, traduit des vers Latins de Borbonius.

Veu qu’encor jeune as Esprit, & soing dhomme,

Et le cueur prompt en vertueuse voye,

Veu qua François ton Pere, que je nomme

Roy invaincu, es son espoir, & joye,

De race yssant du preux Hector de Troye,

Veu que tu as en armes tel’ vaillance,

Que chascun craint de rencontrer ta Lance,

Veu (brief) quen toy gist tout ce qui est digne

Dun Prince grand, si par grace benigne

Dieu te faict vivre, O combien ta vertu

Fera florir la France tant insigne ?

O Prince heureux combien grand seras tu !

 

        A maistre Nicolle le Jouvre.

Bon amy Jouvre,

Ne fault que j’ouvre

La basse veine

De ma Fontaine,

Pour essayer [k 5 vo, p. 154]

Sans delayer

Dun plein tonneau

De la sienne eau.

Tu en as veu

Et en as beu.

 

[k 5 vo, p. 154]

 

        Response par le Jouvre.

Jay veu la veine,

De ta Fontaine,

De rive en rive

Rendant leau vive.

Je crains si j’ouvre

Celle du Jouvre,

Moins nette & pure,

Que rende impure

Plus dun tonneau

De ta bonne eau.

 

        A Monsieur Sceve Conseiller de Chambery.

Ces jours passez on troubla mes espritz,

Ce fut du temps quon disoit que la Mort

Tavoit vaincu, & en ses laz bien pris :

Mais toutesfois de ce dire on ha tort.

Car tu es bien demouré le plus fort,

Et le vainqueur. Si Mort craint ta vertu, [k 6 ro, p. 155]

Et ton sçavoir (deux poinctz quon prise fort)

Dorenavant (Seigneur) que craindras tu ?

 

[k 6 ro, p. 155]

 

        A Monsieur le Capitaine Sala, Capitaine de la ville de Lyon : presenté pour ses Estreines le moys de Janvier dernier passé.

Autre cas mon cueur ne conçoit,

Pour testrener en cest an present,

Qun souhait dont te faict present :

Que tamye, ta femme soit.

 

        A Anne Durande, Estreines pour le mesme temps.

Petit cueur en amours nourry,

Prendras tu pas en bonne estreine

Ce seul souhait de la Fontaine,

Que ton amy, soit ton Mary ?

 

        Au Capitaine George Regnart Lyonnois.

La courtoisie, & bonne grace,

Que je voy tant reluyre en toy,

Ha faict que ce huytain je trace

Te faisant de Fontaine octroy,

Que bien prendras comme je croy.

Car ta personne est tant bien née

Que ma Muse je sens, & voy

Daffection estre menée.

 

[k 6 vo, p. 156]

 

        Epitaphe de Jean Thezé Lyonnois, faict en vers Alexandrins.

Pour tes grandes vertuz, & tes tant doulces mœurs,

La Mort eust bien voulu navoir si grand puissance

De te tuer (Thezé) helas, qui trop tost mœurs.

Pource elle prolongoit ton mal de longue instance,

Craignant de renverser ta grace, & ta constance.

Mais ta mere taymant, prioit son Dieu sans cesse,

Quelle teust pres de soy. Lors feit obeissance

A Dieu, la dure Mort, qui te tue, & me blesse.

 

        A Monsieur de Boyssoné Conseiller de Chambery.

A qui pourroit mieulx sadresser ma Muse,

Qua cil qui ayme, & qui juge les vers ?

Cest Boyssoné, qui de grand grace infuse,

Poëtes ayme, & de poësie use.

Sus donc mes vers, soyez luy descouvertz :

Soient les conduitz de la Fontaine ouvertz :

Mais tost soient cloz, craignant ceste leçon :

Que la Fontaine en son cours trop divers,

Pour Boysoé cest trop basse boysson.

 

[k 7 ro, p. 157]

 

        A Monsieur le Conseiller de Lestoille.

Tu es Lestoille nette, & claire,

Qui toute autre passe en clarté :

Tu es Lestoille qui esclaire

De nuict, de jour, en verité

Deschassant toute obscurité.

Tu es Lestoille au tant doulx œil.

Mais en sçavoir, & en bonté

Je te veulx nommer le Soleil.

 

        A Monsieur Brinon, filz unique de feu Monsieur le President de Rouen.

Grec, & Hebrieu en ton jeune aage,

Tu as apris, amy Brinon :

Cest bien pour acquerir renom

Comme ton Pere docte, & sage :

Et pour tousjours haulser le nom,

Qui sur tout nom ha lavantage.

 

        A Monsieur Tignac Juge ordinaire Civil, & Criminel en la ville de Lyon.

Lauthorité, &le sçavoir,

Quand ilz sont en une personne,

Temme personne doit avoir

Honneur de tous, que le devoir [k 7 vo, p. 158]

Pour lheur, & pour la vertu donne.

Mais dabondant la grace bonne,

Qui en toute humanité sonne,

Ne peult que les cueurs ne retienne.

Ce triple bien veult, & ordonne,

Que un Tignac en memoire on tienne.

 

[k 7 vo, p. 158]

 

        A Monsieur du Lyon, Conseiller en Parlement de Paris.

Le Lyon est grand, & puissant :

Et tu es grand, fourny, & fort.

Le Lyon ne se va baissant,

Pour aux plus petits faire effort :

Ny toy aussi, je le croy fort.

Mais le Lyon est inhumain,

Mouvant aux grans guerre, & discord :

Et toy tu es à tous humain.

 

        A Monsieur Quelin, aussi Conseiller au Parlement de Paris.

Lamour, & faveur dont tu uses

Vers les sçavans, mesme au Saulvage,

Mon parent du costé des Muses,

Mon grand amy de long usage,

Que jayme autant que mon lignage,

Te font veoir ce petit huytain : [k 8 ro, p. 159]

Auquel porteras un visage

Meilleur quil nest, jen suis certain.

 

[k 8 ro, p. 159]

 

        A Marguerite Senneton Lyonnoise, femme du Sire Jean de Rochefort.

Lenfant qui est dens vostre ventre,

Dieu le face à heure prospere

Sortir aussi doulx quil y entre :

Quil resemble en vertu son Pere,

Et en bonne grace sa Mere.

Ce sont trois poinctz que grandement

Je desire presentement.

Si en vain ne suis desireux,

Je pourray dire hardiment

Heureuse Mere, en fant heureux.

 

        A Monsieur du Peyrat Lieutenant de Lyon : presente aux nopces de sa fille Madame Magdeleine.

Peyrat plain dart, qui entre un million

As de doulceur, & la grace, & la voix :

Peyrat qui tiens dedans ce beau Lyon

De juste Loy la balance, & le poix :

Peyrat vengeant à lequité les Loix,

Pourrois tu bien avoir onc si expresse

Occasion dune extreme lyesse [k 8 vo, p. 160]

O Peyrat Pere en tout point approuvé,

Que quand ta fille en sa fleur de jeunesse,

Ha pour espoux un Torveon trouvé ?

 

[k 8 vo, p. 160]

 

        A Monsieur le Conseiller Torveon, & dame Magdeleine du Peyrat, pour le jour precedent leurs nopces, quand il plouvoit.

De ce temps ne prenez ennuy,

Beaux Espoux au cueur tant humain,

Car je sçay bien quil pleure en huy,

A fin quil vous rie demain.

 

Fin du I. Livre des epigrammes.

 

 

 

[l 1 ro, p. 161]

 

Le Second livre des epigrammes.

 

[l 1 vo, p. 162]

 

A Monsieur Morelet de Museau, Conseil-

ler du Roy, & Ambassadeur pour le-

dit Seigneur en Suisse : Seigneur de la

Marcheferriere, & du Bourgeau, Char-

les Fontaine Salut.

 

LUsage est tel de toute antiquité,

Que les Autheurs leurs ouvrages adressent

Aux gens sçavans, & gens dauthorité,

Qui Apollo, & les Muses caressent.

Mes Muses donc me prient, & me pressent

Te presenter aucun ouvrage mien.

            Or va (livret) & que tes pas ne cessent

Jusque en Suisse, ou tu seras faict sien.

 

[l 2 ro, p. 163]

 

Le Second livre.

 

        Lautheur à son Livre.

TU AS envie de troter,

Mais tu devois premierement

Ton Pere, & amys escouter,

Et leur remonstrances noter,

Ques en secret plus seurement.

Mais tu dis que tu troteras :

Et bien, à ton commandement

Troteras, & repentiras.

        A Monsieur Philippes de Pise, Esleu pour le Roy à Mascon.

La bonne grace, & bon vouloir,

Qui sont en toy avec prudence,

Sont trois poinctz qui te font valoir :

Poinct que tu aymes la science,

Comme on voit par experience :

Ceulx qui lont sceu ainsi le dient.

Donc de te faire reverence

Les Muses, & amys me prient.

 

[l 2 vo, p. 164]

 

        A Monsieur le Cardinal de Lorraine.

Puis que tu prens à ma Muse plaisir,

Le devoir veult que pas long temps ne cesse

De saluer, & louer ta noblesse :

Ains qua tescrire elle prenne desir.

 

        A Antoine de Pise

En allant veoir Monsieur Verius

Au chappeau rouge à un matin,

Quand parlions d’Artemidorus

Lequel jay traduit de Latin :

Ta grace, mieulx que ton Satin

Me pleut adonc, & me feit dire,

Que lesprit que je voy reluyre

Soit en ton faict, soit en ta face,

Peult aisément tout homme induyre

A testimer en toute place.

 

        A Monsieur le Cardinal de Tournon retournant sain par Lyon, par ou il avoit passé estant fort malade.

Ma Muse avoit conclud, & arresté

A larriver le dieu gard vous escrire :

Quand maladie, ayant trop attenté,

Vostre corps (las) tenoit trop mal traicté. [l 3 ro, p. 165]

Mais au retour à Dieu jayme mieulx dire :

Quand je vous voy recouvrer la santé.

 

        Lautheur à ses deux amys Maistre Denis Saulvage, & Monsieur de Besze : entre les mains & Jugement desquelz il remect son Livre.

Livret va ten de Saone à Seine

Faire un grand sault vers le Saulvage,

Et vers de Besze : qui ont veine

Tant doulce, & riche à lavantage,

Qui ont Esprit tant docte, & sage.

Si de ton faict on determine,

Et les veulx croire, en maint passage

Tu passeras par lestamine.

 

        A Zephyrus, & à sa Dame Flora.

O doulx zephyre en ce beau moys regnant

Donne faveur, & doulceur à mes vers.

Ainsi te sois ta Flora couronnant

Par grand lyesse emmy les champs ouvertz.

Et toy Flora qui fais les prez tous verdz,

Toy qui fais tout florir, & qui floris,

Toy quon nommoit par autre nom Chloris :

Fay florissant du beau Paris la Muse :

Et te rendra la Muse de Paris

Tousjours honneur, ayant ta grace infuse.

 

[l 3 vo, p. 166]

 

        Autre. A ladicte Deesse Flora.

        A Maistre Marin Aublé, precepteur des enfans de Monsieur le Connestable.

Comme le Rose freschement

Depuis un quart dheure cueillie,

Est tenue bien cherement,

Avant quelle soit envieillie :

Ainsi lœuvre qui se deplie

Nouvellement, est de requeste :

Et aussi tost quon la publie,

Chascun luy rit, & luy faict feste.

 

        A Maistre Jean de Gouttes.

Je sçay bien que cest la raison,

Que la Muse de la Fontaine,

Dont on pourra ceste saison

Veoir leau courant par mont, par pleine, [l 4 ro, p. 167]

Salue en sa petite veine

Celuy qui cherit la science,

Et ha des vers lexperience.

Sus donc mes vers marchez avant,

Chantans icy par evidence,

Quil est Poëte, & est sçavant.

Je sçay bien que cest la raison,

Que la Muse de la Fontaine,

Dont on pourra ceste saison

Veoir leau courant par mont, par pleine, [l 4 ro, p. 167]

Salue en sa petite veine

Celuy qui cherit la science,

Et ha des vers lexperience.

Sus donc mes vers marchez avant,

Chantant icy par evidence,

Quil est Poëte, & est sçavant.

 

         A Maistre Vincent de la Louppe, advocat en Parlement de Paris.

La Louppe que ma Muse louë,

Mais plus sa vertu, & sa veine,

Lan passé estoit à Padoue :

Maintenant à Paris sus Seine,

Loing de Lyon, ou est Fontaine.

Toutesfois lamour dont il me use

Faict que distance plus loingtaine

Ne romproit m’amour, ny ma Muse.

 

        A Sire Jacques Senneton Lyonnois.

Voluntiers feroit son devoir

De te honorer, ma Muse basse :

Mais lhonneur que te sçait avoir

Avec tes freres, quon veult veoir

Bien estimez en toute place,

Est honneur qui ma Muse passe : [l 4 vo, p. 168]

Tel, & si grant, à bien noter,

Que comme lon nen doit oster,

Pareillement de bonne grace

Je ny pourrois rien adjouster.

 

        A Pierre Moyreau de Dourdan Compagnon Imprimeur : Lors quil composoit en Limprimerie le present Livre.

Ton art tant aymé de la Muse,

Ton art dont tu es tant expert,

Faict que mon art ne te refuse

Un Epigramme, comme appert.

Bon Poëte par toy ne pert

Ny son honneur, ny son ouvrage,

Ains sur le temps prent avantage.

Si je compose dessus toy,

Cest bien raison : car mainte page

Tu vas composant dessus moy.

 

        A Alexis Jure, de Quiers : & Claude le Maistre Lyonnois.

Tous deux ensemble bons amys,

Tous deux de feu Marot aymez,

Tous deux en qui Phebus ha mis,

Ses dons de tous tant estimez, [l 5 ro, p. 169]

Tous deux vous erez renommez

Par ma Muse s’elle ha renom.

Tous deux pour quatre amys nommez,

Dont mes amys liront le nom.

 

        A Maistre Annemond Ploier procureur de Lyon.

Laissant la ville pour le mont,

Je vous ay bien laissé passer

La feste de sainct Annemond

Facilement sans y penser.

Mais si fault il nous dispenser

De la remettre à la huytaine,

Pour la grand solennité plaine

Deuement accomplie, & parfaire.

Ou bien advisons au contraire

Si (sans le Pape supplier)

Dimenche ne pourrions pas faire

Du sainct Annemond sainct Polier.

 

        De Pierre.

Pierre empruntoit souvent mon saye,

Plus souvent que moy le portoit :

Et pour affaire quen je aye

Jamais ne me le rapportoit.

Mais bien ce pendant il doubtoit [l 5 vo, p. 170]

De lachepter pour tant, ou tant.

Et lachepta, sot quil estoit :

Il me trompa en lacheptant.

 

        A celuy qui se vantoit de ses debtes mal assignees.

Tu dis que Guillaume te doit

Cent escuz & Gaultier cinquante.

Souvent tu les monstres au doigt,

Comme celuy qui trop sen vante.

Mais trop deceuë, & decevante

Est ta parolle, & ta pensée,

De debte si mal adressée.

Dy autrement, tu diras bien.

Cest que ta debte est trespassée,

Car qui rien na, ne te doit rien.

 

        A celuy qui avoir peur de mourir.

Quand malade au lict tu seras

Voire à larticle ed la mort :

Sçay tu (Monsieur) que tu feras ?

Pour faire à lamort un grand tort,

Et faire à santé ton accord ?

Ne cherche Medecins exquis :

Ne soient Apothicaires quis :

Mais pour chemin plus brief du tiers, [l 6 ro, p. 171]

Fay moy, sur tes amys acquis,

Le plus grand de tes heritiers.

 

        A Maistre Odoart le Verrier, Clerc au greffe du Roy à Lyon.

Ma Muse, or sus je te veulx commander

Ce que tu scez, & que tu veulx bien faire.

Cest un huytain à mon amy mander,

Qui te congnoist, & ton loz ne veult taire :

Il ayme honneur, & vers luy se veult traire :

Pource quil suyt vertu sans varier.

Va donc à toy, & à moy satisfaire,

Par ce moys vert visiter le Verrier.

 

        A celuy qui perdit sa Maison, le Samedy par sentence : & Samye fut emmenee par un nommé Dimenche.

Ce moys de may ne porte pas

A un chascun trop bonne estreine :

Mesmement touchant quelque cas

Qui advindrent lautre sepmaine.

Car celuy qui voluntiers meine

Joyeuse vie autant que deux,

A eu deux jours fort hazardeux.

Samedy sa maison osta : [l 6 vo, p. 172]

Et le Dimenche autant fascheux,

De sa Dame le desmonta.

 

        A Maistre Antoine Noailly procureur à Lyon.

Par ce Quatrain Polier sçaura,

Mesmement le Verrier verra,

Que Fonatine naura failly

A saluer son Noailly.

 

        Lautheur à son compere, le Chanoine Gauteret Lyonnois : pour le consoler sur la mort de sa sœur.

La mort tuant ta sœur tant bien aymée,

Tant gracieuse, honneste, sage, & bonne,

Ne pourra pas tuer sa renommée,

Que la vertu mal gré la mort luy donne.

Pren donc en gré (amy) & ne te estonne.

Elle ha lignée à qui laisse du bien :

Elle ha vescu laage dune personne.

Maintes vouldroient bien mourir aussi bien.

 

        A Maistre Françoys Larcher, Clerc des Comptes.

Larcher qui plus pres du blanc tire,

Doit emporter lhonneur & pris. [l 7 ro, p. 173]

Lhonneur & pris je te desire,

Veu lespoir dont tu es espris.

Amy Archer tant bien apris

Tirer ou tout bon cueur aspire,

Tu donnes joye à mes Espritz.

 

        A un beau prometeur, qui ce pendant faisoit lamour.

Tu me promectz de tes habitz,

Tu me promectz ton Dyamant :

Tu me promectz ton beau Rubis :

Et puis tu trenches de lamant.

Lors comme la pierre d’aymant

Tire le fer, certes ainsi,

Tes voysines tirent aussi

Anneaux, habitz. Je me reprens,

Que premier ne prins tout cecy.

Tu le faix trop à mes despens.

 

        De Michault.

Le jour que la paix on criot,

Et quon faisoit les feuz de joye :

Michault de rien sen rioyt,

Estant content que lon le voye

Comme qui de rien ne sesmoye.

Contre luy le monde se meult, [l 7 vo, p. 174]

Querant si de lapaix se deult.

Non (dit il) mais par toute terre,

Quon crye la paix si lon veult,

Jauray tousjours chez moy la guerre.

 

        Autre pour response.

Ta femme qui ha bonne teste,

Le long du jour entierement

Crye apres toy, & se tempeste

Assez tempestativement.

Mais toy tu fais tout autrement :

Toute la nuict les potz, & plaitz

Sont à ta bouche voirement.

Comment dyable aurois tu la paix.

 

        A celuy qui avoit changé de mœurs, par les biens, & honneurs.

Quand tu avois tant seulement

Deux cens livres de revenu,

Tu hantois tous egalement

Autant le gros que le menu.

Maint amy estoit soustenu

Par toy, & aux champs, & en ville.

Mais ores que tu as deux mille,

Tu es glorieux devenu.

Tu laisses maint amy tout nud, [l 8 ro, p. 175]

Et naymes que la croix, & pile

Brief tu es riche, & inutile.

Or pour rentrer à ton bon sens,

Et estre à tes amys utile,

Retourne donc à tes deux cens.

 

        A un Repreneur.

Je nay veu de tes vers, ne gris,

Et ne sçay comme ilz sont mordans :

Mais si tu mords plus mes escritz,

Tu sentiras quilz ont des dens.

 

        A Monsieur de Chemant, president de Piedmont : Lautheur allant à Venise.

La Fontaine conjoincte au Gué,

Chemant icy chef de justice,

Te offre humble salut de bon gré.

O vray Caton en ton office,

En ta science vray Sulpice,

Puis que son cours tend autre part

(Que Dieu parface, & accomplisse)

te vient dire à Dieu, & dieu gard.

 

        A Monsieur de Loudon son gendre.

Ta grace, & ta docte parolle,

Qui sont deux poinctz à estimer, [l 8 vo, p. 176]

Font que ma Muse basse, & molle,

Qui apres montz veult veoir la mer,

Te congnoissant te veult aymer :

Et taymant ha voulu tescrire :

Tescrivant faire renommer :

Et par escrit à Dieu te dire.

 

        A quelcun.

Tu veulx compter dessus tes doigtz

Pour me bailler ce que me doibs :

Mal me congnois, car mon cueur gent

Requiers lamour, & non largent.

 

        Autre.

Tu vas comptant dessus tes doigtz,

Pour me payer ce que me doibs.

Rien ne me doibs, car mon cueur gent

Ne veult tamour ny ton argent.

 

        A Monsieur Danebault, Lieutenant pour le Roy en Piedmont.

Si nostre Roy vous ha tant honoré,

Que de vous faire icy son Lieutenant,

Pour les vertus dont vous estes paré,

Quil congnoissoit, & quon voit maintenant :

Encor que soit mon style mal sonnant [m 1 ro]

Pour saluer vostre haultesse grande,

Grande raison à ma Muse commande

A larriver ce salut vous donner.

Vostre vertu plus merite, & demande :

Mais sont plaisir sera me pardonner.

 

        A Maistre Françoys Morel Greffier en la Court ordinaire de Lyon.

Ton naturel de parler sobrement,

Et daymer ceulx qui ayment la science

(Dont jay le bruit, & quelque experience)

Font la Fontaine à ton commandement.

 

        A Monsieur le Chanoine Caille.

Puis que tu as ja veu ma Muse,

Et estimée de ta grace :

Pas ne fault que je te refuse

Cest Epigramme que je trace,

Pour te presenter à ta face,

Et recreer ce moys de May,

Qui rend la Muse en toute place

De lœil riant, & de cueur gay.

 

        Resjouyssance au commun peuple pour ceste Annee 1545.

Resjouy toy, ô populaire,

Qui tous ces jours fus tant fasché : [m 1 vo, p. 178]

Resjouy toy, je te declaire,

Que ton mal sera relasché :

Tu auras à meilleur marché

Le pain, le vin, & leur sequele,

Par cest an qui se renouvelle.

Dieu te donne un regard propice :

Et le Roy faict une nouvelle

Ordonnance sur la police.

 

        Au Roy. A qui Lautheur avoit faict presenter un Livre.

Roy sur tous Roy puissant, & eloquent,

En hault sçavoir ton Esprit colloquant :

Vray Xenophon, en qui parlent les Muses,

Vray Ciceron qui tant deloquence uses.

O vray Platon, dont la Royalle bouche

Porte le miel qui toute France embouche !

Vray Lysias, à qui Pallas en gage

De bon amour, ha donné beau langage :

Puis quil ha pleu à ton cueur tant humain

Mon œuvre ouyr, la tenir en ta main,

Et son Autheur retenir en memoire,

Faisant de luy mention bien notoire :

Que fera donc ta petite Fontaine

Fors envoyer ruisseaux deau pure, & saine

Vers ta Royalle, & haulte majesté, [m 2 ro, p. 179]

Qui tant splendit en sa benignité ?

A qui je pry encore de sa grace

Presentement excuser mon audace.

Celluy qui est un peu audacieux

Aucunesfois nen est moins gracieux.

 

        De la Royne de Navarre.

Comme entre les fleurs ha renom

La Marguerite : en grand constance

Entre les Roynes ha le nom,

Une Marguerite de France.

 

        A Maistre Guillaume Durand Lyonnois.

Soit temps de chault, ou de froidure,

Chascun va au monde endurant :

Mais sans souffrir chose en rien dure

Tu merites à grand mesure

Estre cent fois cent ans durand.

 

        A Hugues Salel, Valet de chambre du Roy : & Poëte Françoys.

Salel amy bon, & parfaict,

Ta veine est tant bonne, & parfaicte,

Hault en doulceur, de tel art faicte,

Que tu es hault par dict, par faict.

 

[m 2 vo, p. 180]

 

        A Maistre Guillaume Tellin, Secretaire de Monsieur le Duc de Guyse.

Amy Tellin ta langue est telle,

Pareillement ton cueur est tel,

Que quand en ce monde mortel

Trouve parolle en cueur fidelle,

Je dy cest luy, Je dy cest elle.

 

        A Maistre Antoine Virieu, Enquesteur en la Seneschaucé de Lyon.

Je tayme, & si ne sçay pourquoy,

Sinon que tu as un maintien,

Qui ha de bon je ne sçay quoy :

Avec un Esprit que je croy

Né à bon heur, & à tout bien.

 

        A trois medecins de Lyon, qui avoient visité Lautheur malade.

Canape, Vacé, & Tolet,

Phebus, Machaon, Podalyre,

Voyans le patient, mollet,

Le delicat, le mignolet,

Quun autre Adonis on veult dire :

Ont faict en luy santé reluyre,

Au lieu de laide maladie,

Qui avoit sa face enlaidie. [m 3 ro, p. 181]

Plus ne luy fault (dit lun pour rire)

Sinon que sa Venus luy rie.

 

        A Lescuyer Caterin Jean, Maistre de la Poste du Roy à Lyon.

Puis que tu congnois la Fontaine,

Et que tu aymes tant les Muses,

Quen recreation certaine

Aucunesfois tu ty amuses,

Tu en jouys, & tu en uses :

De ma Muse ce May auras,

Et ne croy pas que tu refuses

Mes petis vers quand les verras.

 

        A Pierre Reclus, Apothicaire, Lautheur estant malade à Lyon.

Le Reclus, vray Reclus de faict,

Salue le Reclus de nom :

Et si vouldroit tel estre faict,

Reclus de nom, & non deffect.

Mais quand de nom, & de renom

Lun est Reclus, & de faict non,

Cest raison que le nom il quicte,

Car le seul faict, le nom merite.

Et sil ne trouve cela bon,

Prenne le faict, & quil macquite.

 

[m 3 vo, p. 182]

 

        A Lavaricieux.

Sesbahit on si tu as bien

De largent, & si tu es riche ?

Fors que largent tu naymes rien :

Tu es usurier, vieil, & chiche.

 

        Le jeune Homme.

Sesbahit on si je nay rien,

Et si par cueur souvent desjeune ?

Jaçoit que jaye eu de grand bien,

Amoureux suis, liberal, jeune.

 

        A Monsieur Corqueron, Maistre de la Chapelle du Roy.

Qui veult sçavoir que cest dhonnesteté,

De bon vouloir, & de faire plaisir :

Que cest dun cueur qui ha tousjours esté

Remply dhonneur, & vertueux desir,

Digne dun Roy, dun Duc, ou dun Baron.

Qui veult sçavoir tout cela, doit choisir,

Et emprunter le cueur de Corqueron.

 

        A Maistre Denis Saulvage.

Le vin clairet qui largement

Entre le Bacchus, & la treille,

Te mouuilloit solennellement [m 4 ro, p. 183]

Pour en remplir la bouteille

De ton ventre, qui ne sesveille,

Sil te feit peur plus que dommage,

A mon advis ce nest merveille :

La raison ? tu es Saulvage.

 

        A Maistre Pierre Saliat : Lautheur retournans de dela les Montz.

Jay laissé le païs de guerre,

Sçays tu pourquoy bon amy Pierre,

Point ne veulx mourir pour le Roy :

Je ne veulx mourir que pour moy.

 

        A quelques siens Amys.

Vous vous esbahissez comment

Jescry tant en langue Françoyse :

Ce nest faulte de jugement,

Que jay petit, dont ce me poise :

Mais un seul mot sans bruit, & noise,

Renverse toutes raisons vostres.

Cest que une langue si courtoise

Est nostre, & si faict fruit aux nostres.

 

        A celuy qui lappelloit son Frere.

Par tout tu me vas appellant

Ton frere, & je ne sçay pourquoy. [m 4 vo, p. 184]

Comme une fille vas parlant,

Pour moins que rien tu as esmoy :

Tu es trop plus petit que moy :

Et si nas barbe qui appere,

Non plus qua ta sœur, & ta Mere.

Que veulx tu plus ? cela est seur

Si tu mappelles plus ton Frere

Je tappelleray donc ma Sœur.

 

        A un Receveur.

Quand je cuyde parler à toy,

Non pas sans que je y aye affaire,

Tousjours me renvoyes chez moy,

Pour excuser ne voulant taire,

Quas ailleurs à veoir, & à faire.

Tu rends registre, tu rends compte,

Pour Monseigneur le Duc, ou Conte.

Tu rends raison du preterit :

Tu rends argent qui beaucoup monte.

Que puisses tu rendre l’Esprit.

 

        A Maistre Denis Saulvage advocat, & Poëte Françoys.

Ce style hault de poësie obscure,

Ces vers qui sont si graves, & pesans,

Ces vers enflez dont aucuns prennent cure [m 5 ro, p. 185]

Son les admire, & pompeux, & luysans,

Ce temps pendant ilz ont peu de lisans :

La raison est pour lobscure haultesse.

Quon les admire, & six ans, & dix ans :

Les miens on lyse avec leur petitesse.

 

        De le mort de Monsieur Braillon, Medecin de Paris tresrenommé.

Braillon qui la santé bailloit

Aux malades facilement,

A se guerir trop defailloit,

Quand mort le print subtillement.

Tesbays tu (Lecteur) comment ?

Le mal dautruy chascun voit bien,

Pour y donner amendement :

Mais chascun ne voit pas le sien.

 

        A dieu à Thurin, Lautheur retournant de Venise.

A dieu Piedmont, à dieu Thurin,

A Dieu Capitaines de Guerre :

A dieu Fifre, à dieu Tabourin,

Lyver crie quon se referre.

Or à dieu Jean, or à dieu Pierre.

Je men voys me chaufer chez moy,

Au cueur de France, & en la terre,

Qui est sans guerre, & sans esmoy.

 

[m 5 vo, p. 186]

 

        Au Cardinal de Ferrare Arcevesque de Lyon.

La haulteur de ta dignité,

Et de ton sang la grand noblesse,

Conjoincte avec ta gravité

Pleine de prudence, & sagesse,

Me tollissent la hardiesse

Daprocher pres de ta personne.

Mais ta sœur la bonne Duchesse,

Elle, & non autre la me donne.

 

        A Maistre Pierre Saliat.

Saliat, dont ne peult saillir,

Que tout bien damytié parfaicte :

O que lon pourroit bien faillir

Den trouver une si bien faicte,

Qui ne seroit jamais deffaicte ?

Telle est la nostre : quen dis-tu ?

Tu dis que par mesme deffaicte

Seroit deffaicte la vertu.

 

        A Monsieur Granger, docteur en Medecine à Paris.

Granger l agrange de tous biens,

Quen amytié lon peult trouver :

Le grand amy entre les miens, [m 6 ro, p. 187]

Que Dieu ma faict tant esprouver.

Je croy (encor sans le prouver)

Que tant plus seras secourable,

Comme on te voit bien arriver

Au port de science honorable.

 

        A Pierre bon grain.

Bon grain jamais ne fut maulvais :

Cela sen va son petit train.

Que diray plus ? par sainct Gervais

Jamais ne fut maulvais bon grain.

 

        A un de nouveau faict Glorieux.

Je mesbahy qui tefaict glorieux,

Je ne sçaurois en penser la raison.

Il semble à veoir que sois tombé des cieulx

Tant seulement depuis lautre saison.

Tu nas changé damye, ou de maison,

Tu nas changé de rien en aucun point.

Vrayment si as : tu changeas de pourpoint

Ces jours passez, & par quelque matin

Tu te pensois veoir brave, & bien en point,

Laissant le sac pour prendre le Satin.

 

        A celuy qui de son Amy vouloit faire un serviteur.

Tu me viens charger de ta charge, [m 6 vo, p. 188]

Je pense que cest pour trois jours :

Trois jours passez nul me descharge,

Et tant sen va du temps le cours,

Que trente jours te semblent cours.

Si que (la chose bien comprise)

Tu me veulx cherger à ta guyse

Pour tousjours sans aucun recours.

Jay poir trois jours ta charge prise :

Reprens ta charge pour tousjours.

 

        A un grand Bavart.

Leau tombant du Ciel bien menue

Par temps, & par experience,

Les cailloux cave, & diminue

Combien quilz soient de dure essence.

La terre qui prent patience

Use son soc par grans journées :

Les arbres usent leurs coignées :

Mais ton babil plain de harengue,

Et tes motz de longue [sic] menées,

Nont jamais peu user ta langue.

 

        Du temps passé, & present.

Le temps passé lon souloit recongnoistre,

Et honorer ceulx qui par leurs escritz

Faisoient le bruit, & lhonneur des gens croistre, [m 7 ro, p. 189]

Et occupoient leur Muse, & leurs Espritz

Pour à vertu donner son loz, & pris.

Mais à present que nous courons apres

Les biens mondains, pour qui soit loing, soit pres

A tous les maulx nous sommes trop vouez,

Laissant pour lor les faictz de loz expres,

Ne tenons compte aussi destre louez.

 

        A un Glorieux.

Quand je te dy, & je te donne

Bon jour, & Dieu gard tous les jours,

Nul bon mot nay de ta personne :

Or me dy à dieu pour tousjours.

 

        A Monsieur de la Fay Lyonnois.

Vertu constante, & en face, & en mœurs

(Seigneur tant plain de grace, & de constance)

Certes ne peult que nattire les cueurs

A honorer sa force, & sa prestance.

Pource (Seigneur) de toute sa puissance

Tres voluntiers t’honoreroit ma Muse,

Qui (de ta grace) ha de toy congnoissance :

Mais comme de toy na pas la grace infuse.

 

        A Maistre Noë Alibert Lyonnois.

Lamour quon te porte en la Ville, [m 7 vo]

Et le renom qu’as jusque au Roy,

Pour ton Esprit vif, & habille

En ton art, qu{e}[1] louer je doy,

Tressingulier comme je voy :

Pareillement (amy Noé)

Ton cueur tant plain de bonne Foy,

En ton amytié m’ont loué.

 

        Lautheur au Detracteur.

Quelcun dira quand tu me blasmes,

Que voirement ce nest grand cas

De faire ainsi des Epigrammes,

Et que grand peine n’y ha pas.

Or je te responds sur ce pas,

Deux Epigrammes sont faciles

A escrire à Frere Lucas :

Mais deux Livres sont difficiles.

 

        Lautheur à son Livre.

Tu as esté tant chastié,

As tu envie encor de lestre ?

Tu seras plié, replié,

Noté à dextre, & à senestre.

Mais tu veulx le monde congnoistre.

Sçays tu que le monde fera ?

Le monde de toy se rira [m 8 ro, p. 191]

Mais tu me responds, nonobstant,

Que tel de toy se mocquera,

Qui nen sçauroit pas faire autant.

 

        Aux Compagnons Imprimeurs de la Ville de Lyon.

Si aux sçavans on doibt porter honneur,

On doibt porter honneur à vous aussi :

Qui apportez au monde ce bon heur,

Que le sçavoir est par vous esclarcy :

Lequel sans vous est obscur, & noircy :

Vous lavancez, & luy donnez son lustre.

Parquoy de vous je me doy chanter icy,

O gens heureux, ô Art noble, & illustre.

 

fin du ii. livre des epigrammes.

 

[m 8 vo, p. 192]

 

Limprimeur au Lecteur.

 

Quand par moy maintz Livres recœuvres,

Diras (Lecteur) que mon desir

Cest d’Imprimer nouvelles œuvres

A fin de te donner plaisir.

 

 

 

 



[1] Lettre e certainement ajoutée après l’impression : correction typographique, semble-t-il. La lettre est située un peu au-dessus des autres, collée contre le u précédent.