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La Fontaine
d’amour [transcription par Elise Rajchenbach] Charles Fontaine Lyon, Jean de Tournes, 1545 BnF, Réserve p Ye 2084. Exemplaire comportant p. 8 un autographe de Ian
Cardinal de Loraine, 1498–1550. Bel exemplaire doré sur tranche (reliure xviiie siècle ?) a 1 ro – LA FONTAI- // NE D’A- // MOUR, // *
// Contenant Elegies, Epistres & // Epigrammes. // [cœur] // [marque de
Jean de Tournes] // A LYON, // Par Iean de Tournes. // 1545. In–8, a8–m8, 192 pages. Les élégies et les épîtres ne sont pas reproduites ici. a 1 vo – lautheur
aux dames. – aux medisans. LAUTHEUR
AUX DAMES Gardez vous de toucher ce Livre, Mes Dames, il parle damours : Cest aux Hommes que je le livre, Que lon tient plus constans tousjours. Laissez le aller vers eulx son cours : A eulx, & non à vous est deu. Mais vous le lirez nuictz et jours, Puis que je vous lay deffendu. AUX
MEDISANS Faulx envieulx, meschans railleurs, Cerveaux tous creuz, & esventez, Qui de rien ne vous contentez, Narrestez cy, marchez ailleurs. a 2 ro – a 4 vo, p. 3–8 – A
TRESHAULT, et tresflorissant // prince, monseigneur // le duc d’or- // leans, // * // charles fontaine // humble salut. Lettrine L, personnages. a 5 ro, p. 9 – La Fontaine d’amour. Elegies.
La I. elegie. Lettrine B, florale. d 6 vo, p. 59 – fin des elegies. d 7 ro, p. 61 [pas de p. 60] – La I.
epistre. Lettrine Q florale. f 4 vo, p. 88 – fin des epistres. f 5 ro, p. 89 – Epigrammes. – * – A catin. Lettrine C, angelot. h 6 vo, p. 124 – fin de la fontaine d’amour. h 7 ro, p. 125 – AU LECTEUR. sizain h 7 vo – blanc h 8 ro – S’ensuyvent deux livres d’epigrammes,
Du mesme Autheur, & de diverse matiere. h 8 vo – A monseigneur Du Peyrat Lieutenant
general pour le Roy en la seneschaulcé de Lyon. Charles Fonatine Salut.
Dizain. i 1 ro, p. 129 – Le premier livre. A
Monsieur de Tiraqueau, Conseiller en parlement à Paris Lettrine S, florale. k 8 vo, p. 160 – Fin du I. livre des
epigrammes. l 1 ro, p. 161 – Le Second livre des
epigrammes. l 1 vo, p. 162 – A Monsieur Morelet de
Museau, Conseiller du Roy, & Ambassadeur pour ledit Seigneur en
Suisse : Seigneur de la Marcheferriere, & du Bourgeau, Charles
Fonatine Salut. Huitain. l 2 ro, p. 163 – Le second livre. L’autheur
à son Livre. Lettrine T, florale. m 8 ro, p. 191 – Fin du II. livre des
epigrammes. m 8 vo, p. 192 – Limprimeur au Lacteur.
Quatrain. b 1 ro : A Treshault et tresflorissant prince, monseigneur le
duc d’Orleans. Charles Fonatine Humble salut. LON voit par commune observation (Prince
tresnoble, & treshumain) que les Autheurs de quelques œuvres, apres
labeur & travail de leur esprit, quierent quelque grand personnage de
nom, & dauthorité à qui les presenter : pour trouver en fin soulas
& support, à fin quilz ne soient tousjours en perpetuelle peine, misere,
& povreté, que les lettres apportent à la plusgrand part de ceulx qui les
poursuyvent. Ou pour lhonneur & gloire : à fin que soubz couleur,
& faveur de quelque grand nom, & tiltre, leurs œuvres en soient
mieulx recueillies, & illustrees à perpetuelle memoire. Mais moy ny pour
l’une ny pour lautre de ces raisons principalement, je vous viens offrir le
present recueil. Combien que toutes [a 2 vo, p. 4] deux me
feroient bien besoing, à cause de ma grande petitesse soit desprit, soit de
biens. La principale cause qui ma enhardi, & induit à vous faire le petit
present, ha esté pour donner recreation à vostre noble & gracieux esprit.
La noblesse, & vertu duquel ne pourroit estre suffisamment exprimees, ne
poursuyvie dun si bas style que le mien, attendu le grand renom de vostre
humanité tresgrande, & singuliere amour des lettres : lequel nest
sans le faict comme (moy indigne) ay congneu par experience, quand par
plusieurs fois de vostre grace & benignité naturelle mavez faict recueil
à Paris, lieu de ma naissance, ou vous ay premierement presenté quelque chant
de ma petite Muse, que avez si bien pris, que apres en avoir eu la lecture
lenvoyastes à madame Marguerite vostre tresnoble & tresvertueuse sœur,
comme monsieur Maynus, homme certes non moins comblé de science que de bonté
& humanité, ma recité : qui en fut luy-mesme le porteur, &
lecteur par vostre commandement : & ce faict, commandastes de vostre
liberalité que me fust delivré quelque present. Or est il (pour rentrer à mon
propos) que je sçay, & ay aucunement experimenté que ce monde est remply
de fascheries, & daffaires : & que mesmement la Court est
tousjours pleine dimportunitez : en quoy convient, tant aux grans que
aux petis, que lesprit travaille. [a 3 ro, p. 5] Parquoy est de
besoing pour le recreer & resjouyr, user de quelque passetemps &
repos honneste. Comme dit bien la dame Phedra en son Epistre, Que toute chose
qui ne prend repos & recreation par intervalle, nest point de duree. Dont
advient que les aucuns eslisent, et sadonnent aux jeux de cartes, des
eschetz, & de tables : desquelz passetemps apres le temps consumé on
ne peult (au mieulx) remporter que lhonneur, ou largent. Mais de la
recreation et passetemps des lettres (qui nest jamais sans honneur) on en
remporte tousjours (sans doubte de rien perdre) quelque fruit de la lecture
qui donne joye, & liesse à lesprit, soit par moyen de quelque invention,
ou allegation de fables, ou hystoires qui rentrent bien au propos. Voyla
donc la cause (Duc tresnoble & de grand espoir) pour laquelle jay pris la
hardiesse de vous offrir ce present petit livret, contenant aucuns esbatz
& passetemps de ma petite Muse en sa jeunesse. Mais si quelques gens
desprit Stoiques, & de jugement trop severes, me veulent reprendre de
mettre en lumiere ces petites choses joyeuses, traictans damours, je leur
puis respondre que je ne suis seul, ny le premier. Car les Anciens, &
Modernes, tant Françoys que Latins, lont bien faict sans aucune reprehension,
ains avec fruict, & honneur. Aussi ne doibt on pas legerement juger de
lapersonne qui escript telles cho[a 3vo, p. 6]ses damour, joyeuses
& recreatives, plus que vicieuses : principalement dun Poëte, en
lesprit duquel y ha tousjours je ne scay quoy de gayeté naturelle, sans
laquelle (j’ose dire) ne se peult appeler Poëte. Et de la vient que
anciennement les Poëtes ont fainct, & inventé plusieurs choses plaisantes,
pour avoir matiere, & occasion descrire, comme des Nymphes de boys, des
Fleurs, des Fleuves, des neuf Muses qui sentretiennent par la main, &
dansent sur la verdure. Du mont Helicon, & de Pernasus : de Apollo,
qui joue de la harpe : de Bacchus, tousjours jeune & joyeux :
de venus, de Cupido, de Pan, des Faunes & satyres, qui ont avec eulx
quelques voluptez & lascivitez non à despriser en poësie. Catulle
escrivoit ainsi à Aurelius, & Furius, qui laccusoient dimpudicité, pour
raison de ses vers lascifz. Nam castum decet esse pium
poëtam Ipsum, versiculos nihil necesse est : Qui tum denique habent salem, ac leporem, Si sunt molliculi, ac parum pudici : Et quod pruriat incitare
possunt. Que
jay traduictz en cette sorte, Il fault que soit bon le Poëte Pudique, & daffection nette : Mais de ses vers nest ja besoing. Qui mesmement plus en sont loing, Tant plus ont de saveur, & grace, [a 4 ro,
p. 7] Quand on les sent comme à la trace, Doulx, chatouilleux, & impudiques : Non point severes, & pudiques. Ovide ha ainsi escript parlant de soymesmes : Crede mihi mores distant à
carmine nostro : Vita verecunda est, Musa
jocosa
mihi. Que
jay traduict, Entre mes mœurs, & le mien metre Grand difference lon peult mettre : Ma vie est honneste, & honteuse : Mais ma Muse est un peu
joyeuse. Aussi
pareillement Martial, Innocuos censura potest permittere lusus : Lasciva est nobis pagina,
vita proba
est. que
jay traduict, Rigueur peult bien joyeux esbatz permettre : Ma vie est bonne, impudique est mon metre. Lempereur Adrian ha ainsi orné le Tombeau du Poëte
Voconius : Lascivus versu, mente
pudicus
eras. Que
jay traduict, En vers tu estois impudique : Mais chaste en cueur, & bien pudique. Je nay ces choses alleguees pour me justifier, &
rendre innocent : car quand bien seroit que jauroye conjoinct
lexperience avec lescriture, ce ne seroit nouveaulté, ne cas si
reprehensible. Il est tout seur que Ti-[a 4 vo, p. 8]bulle poëte
beau de corps, & sçavant desprit, eut pour amye Nemesis : Properce,
Cynthia : qui par fois luy aidoit à parfaire ses vers, tant estoit
sçavante. Comme aussi la Corinne, à Ovide : Lesbia, à Catulle. Mais je
voy que ce Proëme est ja parvenu à juste longueur, & que lœuvre nest
telle qu’elle requiere long propos ny ostentation : & aussi je
crains que pour estre plus long, joccupasse trop vostre haultesse, laquelle
veuil, & doy advertir, & prier dexcuser avec ma hardiesse, les choses
imparfaictes que jay escrites en ma grande jeunesse, qui nest pas, & ne
peult estre communement conjoincte avec prudence, & jugement, enfans de
usage, & de memoire. Et si je sens que la basse veine de ma Fontaine en
ce sien premier ruissel, soit bien receue : vostre cueur noble ne doibt
doubter qu’elle fera son devoir par cy apres, de vous envoyer autres
ruysseaux coulans avec eau plus abondante, & plus fructueuse. a 5 ro, p. 9: Elegies La i. Elegie. « Belle de face, & gente de corsage […] » a 6 vo, p. 12: La ii. Elegie. « Si ton oeil vif, & de telle poincture
[…] » 3 derniers vers : « Mais puis que nas laffection estaincte, / Non
sans cause est que pourchasse tant d’heur. / Peu parler fault à un bon
entendeur. » a 7 vo, p. 14: La iii. Elegie. « En reduisant en memoire ta grace […] » b 1 ro, p. 17 : « Si tu congnois le travail, & la peine
[…] » b 2 ro, p.
19 : La v. Elegie. « La ou tu sçais, je ne pris jamais aise […] » b 2 vo, p.
20–21 : La vi. Elegie. « O Meschant sort, ô mauldicte fortune […]. » b 3 ro, p.
22 : La vii. Elegie. « Si pat avoir sur toy jetté ma veuë […] » b 4 ro, p.
23 : La viii. Elegie. « A Pres que jay par troys, ou quatre fois
[…] » b 5 ro, p.
25 : La ix. Elegie. « Par cest escrit (Dame) je ne pretends […] » b 6 vo,p.
28 : La x. Elegie. « Belle pour qui à tort suis accusé […] » b 7 ro, p.
29 : La xi. Elegie. « Pour resjouir mon cueur qui est tout tien
[…] » b 8 ro, p.
31 : La xii. Elegie. « Un jour ainsi que lun vient, lautre part
[…] » c 1 ro, p.
33 : La xiii. Elegie. « Si je tescry, ce nest pas sans raison[…] » c 2 ro, p.
35 : La xiiii. Elegie. « En attendant avoir de toy secours […] » c 3 vo, p.
38 : La xv. Elegie. « De te rescrire abstenir ne me puys […] » c 4 vo,
p.40 : La xvi. Elegie. « De trois regretz mon cueur fut surmonté
[…] » c 5 vo, p.
42 : La xvii. Elegie. « A Pres que jay bien veillé, & nay peu
[…] » c 7 ro, p.
45 : La xviii. Elegie, faicte pour le recepveur de Glatigny
adressee à Monsieur du Breuil. « Mon bon Seigneur par devers vous jadresse
[…] » d 1 ro, p.
49 : La xix. Elegie. « Escrire veulx (encore que nay mye […] » d 2 vo, p.
52 : La xx. Elegie. « Puis que pour moy Cupido ha tant faict […] » d 4 ro, p.
55 : La xxi. Elegie. « Ny ha il point quelque pitié en femme […] » d 4 vo, p.
56 : La xxi. [sic] Elegie. « Jay bien souvent esté meu vous escrire
[…] » d 6 vo, p. 59 fin des elegies. d 7 ro, p. 61 : Epistres. La i.
Epistre. « Quand en tes mains ce livre frequentoit
[…] » d 7 vo, p.
62 : La II. Epistre. « Et jours, & nuictz, pensant à ta beaulté
[…] » d 8 vo, p.
64–65 : La iii. Epistre. « Depuis que j’eu lautrier en la Karolle […] » e 1 vo, p.
66 : La iiii. Epistre. « Dame d’honneur, dexcellence, & de pris
[…] » e 2 ro, p. 67: La v. Epistre. « Jay esté meu de rechef te rescrire […] » e 2 vo, p. 68 La vi. Epistre. « A quoy tient il
(Dame) qu’a ma semonse […] » e 3 vo, p. 70: La viii.
Epistre. « Quand vous plaira jecter loeil sur ces lettres
[…] » e 5 ro, p. 73: La viii. Epistre. « En tescrivant, de toy je ne me plains […] e 6 ro, p. 75: La ix. Epistre. « Quand tu mme voys tescrire de rechef […] » e 6 vo, p. 76: La x. Epistre. « Sil est ainsi quon se mect en mesnage […] » e 7 vo, p. 78: La xi. Epistre. « Si au traict doeil on entend à peu près
[…] » e 8 ro, p. 79: La xii. Epistre. « Si au songer on peult prendre fiance […] » e 8 vo, p. 80: La xiii. Epistre. « De nostre faict voluntiers escrivois […] » f 1 ro, p.
81 : La xiiii. Epistre. La Superscription. Epistre va à seureté, Aux deux dames de grand beaulté. « Quand jay beaucoup appliqué ma pensee […] » f 1 vo, p. 82: La xv. Epistre. « Si par navoir attendu grand longueur […] » f 2 ro, p.
83–84 : La xvi. Epistre. « Mercy te rends de la tienne response […] » f 3 ro, p.
85 : La xvii. Epistre, par la Damoyselle à qui sadressoit la
precedente. « Mercy te rends, & ay veu ton escrit
[…] » f 3 vo, p. 86: La xviii. Epistre, responsive à la precedente. « Quand à l’esprit qui composa la lettre […] » f 4 ro, p.
87 : La xix. Epistre. La superscription. Epistre va droit au deux sœurs Pleines de grace, & de doulceur. « Par un esbat, & comme en passant temps
[…] » fin des epistres. f 5 ro, p. 89 : Epigrammes. * A Catin Catin, ton chant, & doulce voix, Mon cueur, & sens ha resjouy. Et en tescoutant tant de fois, De grande liesse ay jouy, Quand si doulx chant de toy j’ouy. Or ton chant avec toy mourra, Et apres toy ne demourra : Mais ce petit chant de ma Muse, Longtemps apres moy durera : Oy le donc, & ne le refuse. A quelque dame. Vostre boucquet ets plus riche que moy, Car il est tout de fin or, & de soye. Et dessus moy, or, ne soye ne voy. Mais nonobstant que rien moins je ne soye Que son pareil, & que je ne me voye Si richement vestu, paré, orné Certes jamais ne le refuseroye, Venant du lieu dont il me fut donné. Autre. La bourse que donné m’avez [f 5 vo, p. 90] Dune affection tant heureuse, Est belle, grande, & plantureuse, Et vault plus que ne me debvez. Mais (madame) vous ne sçavez, Ce que men ont dict en maintz mieux, Plusieurs amys qui ont bons yeulx, Et en telz cas tresbien expertz : Un mal y ha (dont beaucoup perds) Que ne fut pleine descuz vieux. De Anne. Quand me joue à Anne, elle dit, Or deportez vostre jeunesse : Mais si par jeu je nay credit, Ne le puis je avoir par largesse ? Largesse en est la grand prouesse : Largesse y vaut plus que sagesse. Quand donc la vainqs par fonsement. Dun jeune homme rien que jeu n’est ce, (Ce dit Anne) & par mon serment Il fault supporter sa jeunesse. La jeune Dame se plainct de son Mary vieillard. Quand souvent je pry mon Mary, Il me respond, je suis marri Quil faut que je vous le refuse : Nest ce pas une belle excuse ? f 6 ro, p. 91 Plus est veoir, que lire les beaultez. Quant à beaulté, lexperience De regard, & de vive voix Vault davantage, & mieulx cent fois Que la lecture, & la science. De la doulceur damours. Jay veu que desprisoye amours : Mais maintenant tout au rebours, Depuis qu’ay gousté sa doulceur, Il ny ha ne frere ne sœur, Il ny ha ne Grac, ne Latin, Qui me gardast daymer Catin. A sa Dame. Ma bonne amye, jay songé Que prenois les Grues volantes. Que dit cela ? est ce congé Et refus des choses plaisantes, Que soubz paroles trop cuisantes Me donras, me ballant la grue ? Garde ten bien. car tost je rue Fort & ferme sur deux, ou trois : Et ay songé que je les tue. Cela dit que men vengerois. Autre à sa Dame. Ne tesbahy de ce grand froid, [f. 6 vo,
p. 92] Comme il gele à pierres fendantes : Car toures chaleurs sont tout droit Devers mon foible cueur tendantes. Toutes les grans chaleurs branslantes Au monde (Amye) ont dit adieu, Et se logent au beau milieu De mon cueur : forte amour lordonne. Approche donc de ce chault lieu, A celle fin que je ten donne. De son hostesse. Madame Jeanne mon hostesse, Autant belle quil en peult estre, Me demandoit si querois maistre : Non (dy je) mais une maistresse. A une Damoiselle qui avoit un antrac au doz. Madamoyselle tant benigne, Il fault appliquer la lancette, Non sur l’antrac de ton eschigne, Mais sur ta playe vermeillette. De Catin Ainsi comme Catin se mire, En peignant son beau chef doré, Le Soleil vient droit dessus luyre : Et ha si beau chef adoré. f. 7 ro, p. 93 Autre. Par un matin Catin se mire, Et peignant son beau chef doré : Mais le Soleil ses rays retire, De deuil quil ha & de grand ire, De veoir un chef si bien paré. A M. Pour tes estreines je te donne Ce que je ne me puis donner. Cest une amye belle, & bonne : Riche, sage, telle personne Que tu sçaurois bien blasonner. Autre, dun Amant mallade par trop aymer. Pour un Amant resusciter Transi damours tant que cest rage, On luy vient dire, & rapporter Quil prenne un petit de courage, Et quil laura en mariage. Il se guerit : on lamarie A un autre. saincte Marie Nen perd il point lentendement Pour telle proye ainsi perie ? Non : mais deux fois meurt seulement. f 7 vo, p. 94 De Anne la belle. Anne est si sage, bonne, & belle, Que bien me veuil mirer sur elle. De Martin qui avoit gaigné le proces par lequel il
plaidoit pour avoir femme. Martin playdoit une monture : Son proces gaigna daventure. Dessus monta, vers la minuict, Car cestoit monture de nuict. A une Dame. Si vraye amour merite recompense, Et si pitié na perdu son pouvoir, Chef de beauté il faudra bien quon pense De quelque octroy gracieux me pourvoir. Car si pitié n’ouvre tes yeux pour veoir Lestat auquel je suis pour taymer seule, T’amour en fin me sera une meule Pendue au col, me plongeant en la Mer De desespoir, ou sans fin je me deule De tel aymer, trop plus que fiel amer. A Catin. Prié tavoye (amye) en amytié, Que souppissions hier ton Oye grasse : [f. 8 ro,
p. 95] Mais tu nen mis au feu que la moytié : Ne suis je donc qu’ademy en ta grace ? A quelcun. Tu tesbahis quen champs & villes Je me ry tant avec les Filles : Plus mesbahis de tes façons, Qui tant vis avec les Garsons. A une Damoyselle, touchant son Espie. Ce jourdhuy, veille de dimenche, Jay plus de cent fois souhaitté Que ce Mouchart dedans ma manche, Comme mon mouchoir eust esté. Bien durement leusse traicté. Tu es asseurée de faict, Que je leusse bien molesté Autant ou plus quil nous ha faict. A une Dame qui differoit trop. Je tayme damour si extreme, Que je me donne à toy moymesme : Si tu ne veulx jouyr de moy, Au moins que je jouysse de toy. f 8 vo, p. 96 Autre. Fy de long temps faire aux Dames la court: Jayme quon mayme, & quon le face court. A celle qui craignoit la tempeste. Ce jourdhuy pour lamour du temps Tu ne veulx coucher avec moy : Mais (amye) si tu lentends Te garderay de tout esmoy. Car si la fouldre en grand effroy Descend avec un gros tonnerre Fauldra que pres de toy me serre : Pour tasseurer tembrasseray : Puis te livreray autre guerre Si tost quentre tes bras seray. De la perte d’un Anneau. Je lay pardu bien meschamment Lanneau que nay porté quun jour : Mais si jen eusse gentiment Faict quelque Dame par amour ! A une Damoyselle qui avoit la fievre. Madamoyselle, si la fievre Qui de soupper vous ha gardée, [g 1 ro, p.
97] Couroit aussi viste quun Lievre Quand les Chiens lauroient regardée : Tost eust esté contregardée Vostre beaulté de sa malice. Car pour chasser la faulse lice, Jeusse hallé grans chiens expres, A fin de vous faire service, Queussiez recongneu puis apres. De Catin. Souvent je veulx baiser Catin, Laquelle nose pour la mere Me baiser ne soir, ne matin : Qui est dure chose, & amere. Un jour la mere par mystere Fut deceue sans y viser, Catin vient lenfant appaiser, Mais elle entend bien son latin. Lors je fay semblant de baiser Lenfant, & je baise Catin. De la Femme, & du Navire. Entre une Femme, & un Navire, Il ny ha pas beaucoup à dire : Car tous deux (qui veult monter) Ne sont faictes que pour porter. g 1 vo, p. 98: A Dame Jeanne. Jay congneu deux belles fillettes, Lune à Angers, & lautre à Tours : Toutes deux jeunes, gentes, nettes, Et bien propres en leurs atours : Dignes de Royalles amours. Toutes deux portans le nom d’Anne : Toutes deux blanches comme mannes : De cueurs gays, & de corps legers : En ce different (dame Jeanne) Lune est de Tours, lautre ets d’Angers. A Catin. Catin ma gentille brunette, Tu tes faicte saigner du bras : Pour estre plaus saine & plus nette, Il te falloit saigner du bas. A une dame, de son departement. Ton grief depart m’a departi : Et ton depart te laisse entiere, Car mon cueur sest de moy parti Pour te suyvre à coste, ou arriere : Le seul corps demeure derriere. Mais tu as ton cueur à toute heure, [g 2 ro,
p. 99] Car avec moy point ne demeure. O avare qui as deux cueurs, Rens men lun, ou bien je tasseure Sans plus attendre je me meurs. Contre Amour. Amour fuy ten au loing de moy, Avec tous tes bancquetz, & pompes Tu nes que par dueil, peine, & esmoy, Et le meilleur en fin tu trompes. A Catin. Fuy ten de moy, fuy ten arriere: Car ta beaulté tant singuliere Trop dangereux mal me pourchasse, Si tu ne me fais quelque grace. De Amour, qui faict feu, & eau. Je mesbahy quen eau je suis fondu, Qui nay jamais les povres joues seiches : Plus mesbahy qu’Amour ne ma rendu Tout converti en cendres, & flammesches, Aussi aisé comme petites mesches. Je suis le Nil, & suis le mont Etna : Etna, pourtant quau monde tel feu na : La Nil, pourtant que je fondz tout en pleurs. [g 2 vo,
p. 100] Feu, boy ces pleurs qu’Amour me resigna : Pleurs restraignez ce feu, & ces chaleurs. Divine femme qui sesbahissoit comment elle estoit
sterile. A une dame de Bretaigne, Doubtant pourquoy ne concevoit, Luy respondy quelle resvoit En presence de sa compaigne : Et que ne men esbahy point. Lors elle en veult sçavoir le poinct, Que tost declairer je ne daigne. Mais quand en train je fus entré, Je luy dis quelle estoit brehaigne, Et son mary estoit chastré. A dame Michelle. Je te renvoye ton livret, Tout sain & sauf dame Michelle, Preste men un autre secret De ta librairie plus belle : Ou de cueur, de corps, & grand zele ; Par maintes nuictz jestudiray, Et les fueilletz retourneray. O le trebeau, & plaisant livre ! Auquel sil te plaist jescriray. [g 3 ro, p.
101] Dy donc le mot, & me le livre. Au Lecteur. Estre ne veulx en mesme livre Spirituel et terrien : Puis lamour, puis la vertu suyvre, Brouillant le mal avec le bien. Mais les Anciens le font bien, Qui ont vescu tant bien prosperes. Tout cela je ne ignore rien : Mais je ne veulx suyvre mes Peres. De Catin. Je fuis trop plus viste qu’un Lievre, Devant la face de Catin : Car ny mon Grec, ny mon Latin Me garderoient de chaulde fievre. A Catin. Si tu es constante à maymer, En mes œuvres te feray vivre : Vivre sans fin, sans consumer, Telle recompense te livre. Ton nom sera de mort delivre, Soit par mes vers, soit par ma prose. O que plusieurs (si leur bouche ose) [g 3 vo,
p. 102] Diroyent (amy) jen suis daccord ! Car qui vouldroit plus belle chose, Que vivre encor apres la mort ? A deux Damoiselles qui eurent la fievre lune apres
lautre. Vous estes donc deux (ce me semble) Damoiselles bonnes ensemble : Car ce que lune va laissant, Lautre le va tost embrassant. Mais je pren un cas qui se face Cest que lune te lautre embrasse. A damoiselle Bievre. Pour guerir damoiselle Bievre, Droict en sa chambre me rendray : Et seule seul la surprendray. Je luy feray perdre la fievre. Les propos dun Vieillard. Un vieillard maintenr vouloit Que son engin estoit plus fort Que de tout temps il ne souloit : Et je nen estois pas daccord.mais de son dire il neut
pas tort, La raison qui vouldra, lentende. [g 4 ro, p.
103] Jay veu que tout seul il se bende (Dit il) mais ores sur ma foy, Si nous ny sommes (quon me pende) Bien empeschez ma femme, & moy. A une qui luy refusa un baiser. Un baiser tu mas refusé, Comme rusée, & non pas fine. Mais je mestois bien abusé, Baiser te fault (belle Robine) Dun Maure la grosse babine Sentant son Bouc. ou bien Pernet Qui faict cent fois plus laide mine, Que maistre Dun bouquet envoyé à une dame, huitain qui nest de Lautheur. Va mon bouquet puis que tant es heureux Destre logé sans soupson, & sans crainte Avecques celle, ou moy trop malheureux Ne puis donner sinon de lœil attainte. Au moins bouquet pour faire ton devoir, Si tant de bien te pouvoit advenir, Que dans un lict nue la peusse veoir, Souhaitte moy vif en ton lieu venir. g 4 vo, p. 104 : Le Bouquet respond, faict par Lautheur. Sil ne tenoit sinon à mon souhait, Ne la verrois en un lit toute nue, Ainsi que moy, qui joyeux & dehait, Mais sans nulz yeux ly ay veue, & reveue : Sans main touchée, & sans bouche baisée, Nestant esmeu : mais toy tout au contraire (La chose en est à croire bien aisée) Tu luy ferois ce que je nay peu faire. A une menteuse. Tu te devois de grand matin lever, Pour me venir en ma chambre trouver : Mais le dormir, ou autre amy tamuse. Bren donc pour toy, & bren pour ton excuse. Response au propos dune dame. Une Dame (en amours grand proye) Un jour me dit, & me propose Que le bout du nez rouge avoye : Mais je neu pas la bouche close, Ains luy respondy promptement : Aussi ay je bien autre chose Dame à vostre commandement. g 5 ro, p. 105 : A dame Thomasse. Dame, & bonne amye Thomasse, On dit que tu es toute hommasse : Et que je suis tout femenin. Je te pry donc de cueur benin Trouve toy quelque part seulette, Tu sauras si je suis fillette : Lors par mesme moyen en somme Je scauray bien si tu es homme. De dame Quelcun disoit à dame Nespargnez si avez affaire De quelque chose que je pisse (En cuydant dire que je puisse) Elle respond, sil vient à poinct Je ne vous lespargenray point. De Lautheur qui tomba de cheval. Le genoil qui sert à Venus, Ha eu des maulx à ce matin, Si ces maulx luy sont advenus Par bien chevaucher en Latin, Je men rapporte à ma Catin. Mais un bon gentil Robinet [g 5 vo, p. 105] Quay rencontré au matinet, A mon secours est accouru. Je pry Dieu de cueur franc, & nect, Quonc ne coure comme ay couru. A quelque amy. La Dame qui tant te farfouille, (Si de ses jeux entends la source) Cherche si tu as bonne bourse : Non pas si tu as bonne couille. Au Lecteur. Les Epigrammes ont licence, Et de poindre, & de chatouiller : Et pourtant lignorant ne pense De me venir cy barbouiller, Que trop mes vers je vien souiller, Et que joffense les oreilles. Lepigramme est mal accoustré, Sil ne point. Mais voicy merveilles, Qui vit onc Priapus chatré ? A une Dame. Tu me fais bien mourir en languissant, Dame pour qui je souffre tant de peine : Car faulx rapport qui va affoiblissant [g 6 ro,
p. 107] Mon povre cueur, ma trop mis en hayne. Mais sil te plaist ces jours en bonne estreine, Donner congé de parler à ma bouche, Et nestre plus si estrange, & farouche, Tu congnoistras quenvers toy nay mespris : Et que tamour si vivement me touche, Que suis tousjours ton prisonnier bien pris. Estreines. Chef de beaulté que Dieu feit estrené Pour recreer mes sens, & mes Espritz, Si nas esté de par moy estrené Jusque à ce jour, ne me metz à despris, Ny mon present qui est de petit pris, Vers la splendeur de la fleur de ton aage. Mais toutesfois il vient de bon courage, Et le bon cueur faict le present valoir. Avec lequel me donne pour hostage A ta puissance, & à ton hault vouloir. Dune Damoiselle, & dun glorieux qui lavoit en
gouvernement. Je mesbahy Madamoiselle, Que tu te souffres tant garder, Que ny au jour, na la chandelle Lon ne te ose pas regarder. [g 6 vo, p. 107] Or si diray je, sans bourder, Que tu nes point Yo, quil faille Que Juno à garder te baille A Argus garny de cent yeulx. Mais ton Argus est de sa taille: Car il est assez glorieux. Dune Fille de Tours. Pour ma petit Tourengelle, Tant gracieuse honneste, & belle, Souvent jendure froid, & chault. Je voys, je viens, & ne me chault Que je despende par la voye, Tant seulement mais que la voye. A la Dame qui avoit mengé du boudin pour lamour de luy,
& contre sa coustume. Puis quavez mengé le boudin Pour lamour de moy : je feray Quun plus beau vous presenteray Quand viendrez en nostre Jardin. De Catin. Catin se plainct, catin se deult, Quelle ne voit tous mes escriptz : [g 7 ro,
p. 109] Et dit, je veulx que me les livres. Puis quand jentends ses plaintz & criz, Je suis content s’elle me veult Donner ses lebvres pour mes livres. Dun Mercerot. Un Mercerot troussant ses hardes, Se fiche au doigt quelques eschardes : Et dit, lors quil men trouvoit mal, Petite chose faict grand mal : Sa femme respond, aussi bien Petite chose faict grand bien. A une Damoiselle. Je sens en moy regner dame Discorde, Et cest par toy, & si tu nen peulx mais : Amour qui art, contre Crainte Discorde : Crainte me serre, Amour vainc desormais, Et ha juré quil vaincra à jamais. Puis que de toy ce different procede, Donne conseil, faveur, ayde, & remede, Jugeant ainsi que le requiert le droict. Ne te mesorens, acr seule es qui possede Tout le moyen de la cause orendroit. A une Dame. Lœil navré, lœil ne me peult guerir : [g 7
vo, p. 110] Malade suis, lœil nest pas ma santé : Œil si tu veulx me rendre contenté, Soubdain te fault le vray content querir. Autre. Navré mavez, vous me pouvez guerir : Malade suis, & ma santé vous estes. Excusez moy, car voz maintiens honnestes Mont enhardy le remede querir. Autre. Œil responds moy, pourquoy mas tu navré ? Langue, pourquoy as tu mon cueur ravy ? O mon las cueur si tu nes assouvy, Jamais pour vray ma liberté navray. De Amour. Amour gouverne la personne : Amour au cueur la joye donne : Amour presente tout service : Et ny ha rien quamour ne puisse. Amour bien hault entreprendra : Amour à son honneur viendra. Amour nous dompte, Amour nous change. Mais nest ce point un cas estrange ? On dit quamour nest quun enfant : Je le trouve un Dieu triumphant. g 8 ro, p.
111 : A soymesmes. Amour, je ne sçay comment cest, Mais sans cesse, ne sans arrest, Dedans le ventre me fretille : Il me debat, il me petille. Comme les femmes à mon tour Ne serois je point gros d’amour ? Or je pry doncques saincte Avoye, Que descharger tost, & à joye. Saincte pres, & saincte concorde, Saincte grace, & saincte midericorde, Saincte gente, & saincte menue, Saincte abas, & saincte corps nue, Saincte blonde, & saincte ragonde, Et sainste premiere, ou seconde, Saincte toute, & saincte chascune, Saincte clere, & saincte opportune, Saincte adresse, & saincte rencontre, Quilz men envoyent bonne encontre. A une Dame. Aux Innocens quand vous me dictes, Que priasse bien Dieu pour vous, Je le fey : donc par mes merites Je veulx gaigner vostre cueur doulx. Plus de cent fois, mais à tous coups [g 8 vo,
p. 112] Disois ainsi ma patenostre : Le Dieu damours la face nostre. Mon cueur devot, à vostre advis, Priant si fort lamour du vostre, Prioit il pour les mors, ou vifz ? A la Dame sans mercy. Ta beaulté me donne esperance : Ta cruaulté desesperance : Espoir me paist, & vient nourrir : Mais desespour me faict mourir. Autre. Par toy je vis, par toy je meurs : Je vis en te voyant si belle : Mais je mœurs par tes dures meours, Quand je te sens si fort cruel. Les trois perfections de sa Dame. Je tayme plus que mes deux yeulx, Car tu sçais bien parler, & taire, Et par grand artifice faire La chose que jayme le mieulx. A un amy. Bon Amy, dune bonne amye, Ce jourdhuy te veulx estrener : [h 1 ro,
p. 113] Car tu dis que tu nen as mye, Qui est assez pour mestonner. Une Nymphe te veulx donner, Que soubz maint arbre, & mainte branche Iras cherchant, soit brune, ou blanche. Ce present je tay voulu faire, Dune bonne volunté franche : Car on en ha souvent affaire. A Damoiselle Blaise. Tu sçais tresmal temporiser, Ma gente Damoiselle Blaise : Mais si tu ne me veulx baiser, A tout le moins que je te baise. Estreines. Amy Datiches, pour estreines, Je te donne cent mille peines A trouver une amye telle, Quen beaulté passe les Heleines : Mais par sa rigueur trop cruelle Quen fin ne puisses jouyr delle. Je tesreine comme je doy : Cest asçavoir de mesme moy. h 1 vo, p. 114: A une fille. Si humble & doulx me trouveras, Que tout service te feray : Mesme quand crotée seras, De bon cueur te decroteray. A une Dame. Je suis joyeux pensant estre en ta grace, Que sil est faulx le mien tel pensement, Confesser doy que ne congnoy la trace Du Dieu damours, ne son avansement, Et que mon œil y voyoit troublement. Mais sil y voit assez cler, sans doubtance, Son jugement doit avoir importance. Confesse donc, autrement ton soubz ris, Maintien, regard, feront signifiance, Que amour secret est declaré soubz ris. De Dame Rolline. Si femme y ha de bonne grace, Gente de corps, belle de face, Et à toutes vertus encline, Je dy que cest Dame Rolline. Autre. Dame Rolline se comporte, [h 2 ro, p.
115] Et parle de tant bonne sorte, Que quiconque loyt (& lorra) Dist, cest une autre Pandora. A une Damoiselle, qui se railloit de deux
gentilzhommes, qu’elle appelloit ses prisonniers. Madamoiselle est ce raison De tenir les gens en prison, Et puis apres se railler deulx ? Sainct Jean si estois lun des deux, Je trouverois bien la maniere De vous tenir ma prisonniere. Croyez que je men vengerois : Et quelque chose vous ferois. Estreines. Dame, que peult le cueur nostre, Qui est vostre, Pour estreines vous donner ? Fors à vous se redonner : Non à autre ? Dizain va ten, & me quiers celle Joyeuse, &
honneste pucelle. Le vert boucquet de belles violettes [h 2 vo,
p. 116] Si bien troussé, si gay, si façonné, Que lautre hyer pris entre ses mammelettes, Ma doulce amour, tel soulas ma donné, Tel grand plaisir, dont suis environné, Que jour & nuict luy fay recueil, & feste. Le jour cent fois à le baiser marreste : La nuict le metz dessus mon traversain. Puis quand me prent quelque mal à la teste, Jespere en toy, car il vient de ton sein. De samye. Je ne veulx plus mes yeulx repaistre, A contempler la beaulté d’ame : Car quand voy ma maistresse, & Dame, Je voy tout ce qui en peult estre. A samye. Cest un grand bien certes que destre à
soy : Mais plus grand bien, amye, destre à toy Qui est à soy, il ne jouyt de rien : Qui est à toy, il jouyt dun grand bien. A une Damoiselle qui avoit la fievre. Je mesbahy, Madamoiselle, Qu’à ceulx qui veulent vostre bien, [h 3 ro,
p. 117] Et qui vous ayment de bon zele, Ne vous laissez toucher en rien. Mais vous laissez taster tresbien A ceulx qui vostre mal desirent : Qui vous troublent, faschent, detirent. Voilà, la fievre vous embrasse, Et estraint fort : ce quonc ne feirent, Ceulx qui desirent vostre grace. Autre. Pleust à Dieu que seulement fusse Fievre trois jours : je vous ferois Autant de tours quonques feit pulce, Sur vostre corps, ou je serois. De vous (croyez) me vengerois : Sur vous nauroit ne nerf ne veine, Que je ne misse en grosse alaine. Et (qui ne vous ose toucher En tout honneur) vous faisant peine, Je viendrois avec vous coucher. Estreines. Vostre beaulté est si extreme, Que je ne puis lestrener, si Ce nestoit que fusse moymesme Lestreneur, & lestreine aussi. h 3 vo, p. 118 : Le propos de deux Dames. Une Dame qui damours tient, Demande à lautre ayant du bien, Comment son Mary lentretient : Qui luy respond froidement, bien (Dit elle) il ne my faict rien, par mon serment le bon corps dhomme : lautre respond rondement, comme il sensuit (mais ce fut en prose) mieulx vaudroit quil ne fust en somme si bon, & vous feist quelque chose. A la Dame sans mercy. Je te sçay tant de grace avoir, Que jayme mieulx cent fois te veoir, Que je ne fay mon propre cueur. Penses tu que je sois moqueur ? Dun païsant. Un païsant de la champaigne, Ayant une vachere belle, Si fort layma que sa compaigne La veult faire, & monter sur elle. Son occasion estoit telle, Que sa femme estoit accouchée. La garse non effarouchée [h 4 ro, p. 119] Le remect loing : un veau luy baille. S’elle eust esté par luy touchée, Deux en eust eu, divers de taille. De samye, trop froide, & de Lyver trop peu froit. Vous estonnez vous si Lyver Ne se peult au monde trouver ? Au monde ne se trouve mye, Il se tient au cueur de mamye. Autre. Qui lyver vouldra recouvrer, En Janvier ne le peult trouver : En Janvier ne le quiere mye : Mais le quiere au cueur de mamye. A une Dame Lyonnoise. Ce livre je vous envoye Nest à la court moins estimé, Que celuy qui se mect en voye Est de vostre cueur bien aymé : Amadis de Gaule est nommé, Qui fut preux aux amours, & armes : Aussi vostre cueur bien armé Nest sans amours, ny sans alarmes. h 4 vo, p. 120: De Catin. Catin veult que souvent la voye: Que tousjours avec elle soye. Cest adire que je laccolle. Devinez si catin est folle ? A un amy. Ce moys de May mal gracieux, Tant plein de vent, & de grand pluye : Ce moys de May tant pluvieux, Qui les oydeaux, & gens ennuye, Rendant la saison endormye, Sçais tu quil faict ? cest chose aperte, Quil va plorant de mon amye Avec moy, labsence, & la perte. De Catin. A un amy. Bon amy quand ton œil verra Dames sans grace, & sans beaulté, Dy hardiment, Catin leur ha Tout desrobé, & tout osté. A Jehan Bidault. Quand je suis pres tu te retires, Quand je suis loing adonc tu sors : Voilà comment tu me martyres, [h 5 ro, p.
121] Et puis desprit, & puis de corps. Va ten don tout dun train dehors, Donne a mon corps allegement, Ou à lesprit contentement. En temps, & lieu, soit pres, ou loing (Pour dire en un mot rondement) ne sors point, ou sors au besoin. A une Dame. Toutes les nuictz quand me resveille, Amour me faict en vous penser : Mon petit cueur sans cesse y veille. Vueillez le donc recompenser. A Antoine Du Moulin. Quel plaisir selon nature est ce, Qui apporte plus grand lyesse, Quavoir continuellement La Dame à son commandement ? Que destre tousjours autour delle, Parlant de lœuvre naturelle ? Qye deviser de son amour, Et la baiser cent fois de jour ? O quil est heureux, & bien aise, Qui sans cesser devise, & baise ! Qui mil baisers nestime exces, [h 5 vo, p.
122] Fuyant tout ennuy, tout proces, Fuyant toute humaine follie, Qui engendre melencholie. Recommançant cent fois & mieulx, Tout en despit des envieux. Et demenant heureuse vie, Mal gré malle bouche, & envie. Mesprisant tous honneurs, & biens, Fors ceulx que lamour donne aux siens. O de rechef, ô vie heureuse, Seule vie, vie amoureuse ! O derechef quil est heureux, Qui en ce poinct est amoureux ! Je laisse courir benefices : Je quicte ma part des offices, Je desprise largent, & lor, Pour jouyr de si grand tresor. Je dy plus : je mesprise mesme, Sceptre, couronne, diadesme, Du grand Juppiter immortel, Si en amour puis estre tel. Quel plaisir selon nature est ce, Qui apporte plus grand lyesse, Quavoir continuellement La Dame à son commandement ? [h 6 ro, p. 123] De Anne. Petit ennuy qui est mal fade, Tout soubdain rend Anne malade : Puis tost quelque mousche soubdaine, Vous rend Anne bien gaye, & saine. Tantost au lict, ou en la chambre, La verrez vaine de tout membre. Tantost en bouticque, ou en rue, La verrez saine, gaye, & drue. Tantost crier, tantost besler, Tantost venir, tantost aller, Tantost pleurer, & tantost rire, Tantost jaser, & tantost lire. Tantost aller aux champs sesbattre, Faisant la folle plus que quatre : Tantost destomach flumatique : Tantost de teste fantastique : Tantost crier le costé dextre : Helas allez querir le prebstre. Tantost blesme, & tantost vermeille : Brief cest la femme nompareille, Qui se maintient de telle sorte : Tantost est vive, & tantost morte. Mais le proverbe accomplit elle, Lequel dit que le femme est telle : Femme se plaint, femme se deult : [h 6 vo,
p. 124] Femme est malade quand el’ veult : Elle ha juré saincte Marie, Quand elle veult estre guerie. O doncques (Anne) par ce poinct De toy je ne mesbahy point. fin de la fontaine d’amour. h 7 ro, p. 125: AU LECTEUR Je sçay quentre mes petis chantz Du livret damour non delivre ; Qua ce beau May je te delivre, Comme dherbes dessus les champs, Trouveras vers bons, & meschantz. Mais autrement faict on un livre ? h 8 vo, p. 128: A M O N S I E U
R D U P E Y - r a t l i e u t e n a n t g e n - n e r a l p o i r l e
r o y en la seneschaulcÉ de lyon. C h a r l e s F o n t a i n e Salut. * Ce moys qui ha de Lannee lhonneur, Prenant son nom de la mere à Mercure, Ce Moys tant plain de grace, & de bon heur, Qua tout esprit toute joye procure, Ce Moys duquel zephyrus à pris cure, Ce Moys qui faict rire les gens, & champs, Te veult offrir de la Muse les chantz : Non pas les chantz du messager des Dieux. O vray
Mercure, à le prendre en bon sens, Excuse moy, ta Muse chante mieulx. [i 1 ro, p. 129] Le Premier livre –
A Monsieur Tiraqueau,
Conseiller en parlement à Paris. Si jestois la Fontaine aux
Muses, Jentends d’Helicon la fontaine, Je ferois, sans quelques excuses, Courir mon eau par mont, par plaine, Jusque à Paris, ou est la Seine, Mais je suis tant petit ruisseau, Que leau de ma petite veine Nose tirer vers Tiraqueau. –
A Monsieur du Puys,
Lieutenant particulier en la Senechaucé de Lyon. Il semble bien que
sans doubter, La Fontaine avec ses conduitz, Devers le Puys se doit porter : Car elle aura pour saufconduitz (Selon que comprendre je puis) Ceste convenance certaine : Mais je crains, car tu es grand Puys, Et je suis petite Fontaine. [i 1 vo, p.
130] –
Du Roy En France sont
beaulté, sagesses : En Françoys sont force, & prouesse : En Françoys est bonté expresse. Or jugez donc de Françoys quest ce ? –
De la Royne de Navarre. Marguerite en faict,
& en dict, Est encor plus que lon nen dit : Car le beau Soleil en tout aage Ne veit Royne plus noble, & sage. –
A Madame la Princesse de
Navarre, qui avoit esté malade. Il fault chasser tout
dueil dehors, Tresnoble, & illustre Princesse : Plus ne fault parler de tristesse : Mais fault chanter par bons accordz, Dueil ha donné lieu à la lyesse, Puis que maladie ha pris cesse De tourmenter ce petit corps. –
A Monsieur Christofle
Boulaud, Advocat en Parlement à Paris. Ton cueur tant bon,
& tant aymable, Liberal, prompt, & secourable
[i 2 ro, p. 131] (Sans oublier tes autres freres) promect toutes choses prosperes. [i 2 ro, p.
131] –
Aux Dames Les Epigrammes qui
sensuyvent, Vous pouvez lire hardiement : Car le train des premiers ne suyvent, Ilz sonnent plus modestement. Lisez, oyez asseurément, O mes Dames, il ny ha rien De chatouilleux. Mais voirement Vous ne les lirez pas si bien. –
De Lannee presente Tresbien se porte cest an cy, Ce dit le monde en mainte part. Il se porte bien Dieu
mercy : Mais lon ne sçait pas sur le tard, Quelz dangers, & maulx adviendront. Car il est bien en grand hazart, Que les usuriers se pendront. –
A Monsieur maistre Françoys
Verius chanoine de Mascon. Je ne tavois point
salué de bouche Jusque à ce jour recreant mon Esprit,
[i 2 vo, p. 132] Quand par rencontre on se voit, & se touche, Quand le bon heur avec ton œil me rit. Or je vueil bien
encores par escrit Te saluer, & par affection, Pour le renom qui de ton sçavoir bruit, Et de ton cueur plain de perfection. [i 2 vo, p.
132] –
De la mort, & de Marot. Marot vivant avoit un
pied sur Mort, Et Morte mort navoit rien dessus luy. Or à present quelle ha faict son effort Dessus son corps, qui nestoit le plus fort, Quelle ha navré, & meurdry aujourdhuy, Elle ha un pied dessus luy voirement. Mais tost sera vengé de la cruelle : Car son envie aura deffinement, Et luy aura de loz redoublement : Et par ainsi aura deux piedz sur elle. –
A Monsieur Vincent Hugand,
Esleu de Mascon. La fontaine nayme
point tant Lauthorité, & la richesse, (Que tout le monde va vantant) Comme des Muses la Caresse, La
liberté, & la lyesse, [i 3 ro, p. 133] Que la vertu veult compasser. Tu aymes Muses,
pourtant est ce Ma Muse
te veult caresser. [i 3 ro, p. 133] –
A Monsieur le chevalier
Rochefort. Lhumanité, & le
sçavoir, Ce sont deux poinctz dont tu excelles : Ce sont en toy deux vertus telles, Qua les congnoistre, & les bien veoir, Je ne sçay laquelle dicelles Plus de louange doit avoir. Mais je sçay qu’a la verité Phebus plain de divinité, Dit que immortel te feront elles, Ces deux grans vertuz immortelles, Le sçavoir, & lhumanité. –
A maistre Jacques
Bryau : sur son partement, pour aller en Italie. Amy Bryau, veulx tu si brief Laisser tes Oncles, & ta Mere, Et tes deux sœurs ? las, il est grief, Cest departie trop amere. Ton sejour, & ta bonne chere Leur plaist affectueusement :
[i 3 vo, p. 134] Mais ne leur plaist ton partement. Or as conclud veoir
les Itales. Va donc :je te pry que heureusement Facent les deesses fatales. [i 3 vo, p. 134] –
Epitaphe de feu Monsieur
Budé : en son vivant maistre des Requestes du Roy. Cy gist Budé, qui
attaignit le but De hault sçavoir pendant quil fut en vie : Mais en payant le naturel tribut, A Atropos par trop plaine denvie, O viateur, pense tu quil desvie ? Je dy que non : car mort il vivra mieulx, Et plus (malgré la mort non assouvie) Quil ne feit onc icy entre les vieulx. –
A Monsieur le Viconte de
Usez. Grec, & Latin sont
deux belles sciences : Viconte, donc puisqu’aux deux tu commences, Sus, à grans coups, de soir, & de matin, Me soit gallé ce Grec, & ce Latin. –
A Maistre Annemond Polier
procureur de Lyon : lors qu’il fut Marié. Ces jours passez Apollo
me feit dire, Que jesperois te veoir bien marié. [i 4 ro,
p. 135] Quand à ce poinct, plus nespere, ou
desire : Car le bruit court ques tresbien allié, Et par honneur heureusement lié Avec Juno Dame tousjours Fleurie. Seulement donc je te
desire, & je prie, Que je te voye aussi Juppiter estre, Pour faire à tous qui cherchent tromperie, Sentir bien sec la fouldre de ta dextre. [i 4 ro, p.
135] –
MAY. A Marguerite Senneton Lyonnoise. Pres sainct Nisier
tant renommé, Là se maintient la Marguerit. O gentil May tant bien nommé, Cest la fleur doulce, qui merite Louange, & faveur non petite. Va donc vers elle sans sejour : Car sa bonne grace me incite Luy donner par toy le bon jour. –
MAY. A sa commere, qui ha en
sa devise, la Dame porte le verd. May, joly May, de vert vestu, May plain dhonneur, de grace, & joye: May qui sur tous portes vertu, Pren de Lyon la droite voye, [i 4 vo,
p. 136] Vers la Dame à qui je te renvoye Avec ton chef de vert couvert. Va hardiment, & ne tesmoye, Car la Dame porte le vert. [i 4 vo, p.
136] –
MAY. A sa commere Glaude
Brielle Lyonnoise. De toutes amours je
men ry, Depuis que je suis marié. Donc (ma commere) jay prié, Et encor à present je pry, Que ton bon cueur soit aliié Par ce beau May, dun bon mary. –
MAY. A Marie Brielle
Lyonnoise. May, ve ten droit vers
la Marie, Jentends ceste belle brunette, La jeune maistresse à Fleurie, Qui se tient là en la Grenette : Tu la trouveras gente, & nette : Porte luy salut en mon nom. Et quelque autre fois ma rimette Luy donnera plus grant renom. [i 5 ro, p.
137] –
A Lamye de Maistre Antoine du
Moulin Masconnois. Je ne sçay pas quelle
estoit la Cynthie, Ny Nemesis, Lesbie, & la Corine : Mais je veulx bien que tu soys advertie, Que ton amy nest pas delles indigne : Qui te fera de leur loz, & nom digne. (O Dame heureuse en
ses graces diffuses !) Car cest Moulin renommé, & insigne, Qui moult tousjours pour lhonneur, & les
Muses. –
A Monsieur de Saleignac,
docteur de Monseigneur le Cardinal de Lorraine. Gisant au lict de
fievre tierce, Vostre arriver ay entendu : Et combien que ce mal me perse, Me trouble, me tourne, & renverse, Tout soubdain ma joyeux rendu Vostre arriver non attendu. Si que douleur, & joye ensemble Font un combat, dont tout je tremble. Or, Monsieur, le cas
entendu Faictes vaincre qui bon vous semble. –
Lautheur aux Medecins, de son
Mal de teste. Les Cyclopes sen vont
forgeans [i 5 vo, p. 138] Dedans ma teste jour, & nuict : Et ne vont beuvans ne mengeans, Ny à my jour, ny à minuict, Disans que fabriquer leur duit. Stereopes trop
lenclume estonne : Puis Pyracmon à grans coups tonne : Et sans repos lun lautre suyt. Brontes souffle un grand feuy qui bruit. Forgent ilz chose malle ou bonne ? [i 5 vo, p.
138] –
Au prieur de Daulmont. De toy, de ton amytié Bien au long je desire escrire : Mais à cela que je desire Ne suis suffisant amoytié. –
A sa sœur. A toy ma sœur, ma
seule sœur à toy, Qui as esprit assez digne de moy, Voys descouvrant toutes les oeuvres miennes, A celle fin qua louer Dieu tu viennes. Sus donc ma sœur, ma
seule sœur or sus, Loue sans fin le hault Dieu de la sus, Dequoy tu voys durant tes jours maint livre, Qui apres mort fera ton frere vivre. [i 6 ro, p.
139] –
Du chant des oyseaulx, Et
bruit des ruisseaux. Ruisseaux courrans
entre les buyssonnetz Avec doulx bruit resjouyssans loreille, Et vous aussi mes gentilz Sansonnetz, Tarins, Sereins, Rossignolz mignonnetz, Qui decoupez de grace nompareille Mille motetz gracieux à merveille, Vous me incitez, avecques voz sons netz, Chanter chansons, ballades, & sonnetz, Et puis heulser le cul de ma bouteille. –
De Marot. Quand David voyons en
maint Pseaulme, Parlant Françoys par le Royaulme, A qui en dirons grand mercy ? A Marot qui traduit ainsi. –
Autre. Martial, le gentil
poëte, Parle Françoys beau, & plaisant, Et maint Epigramme luysant : A Marot en debvons la debte. –
De Monsieur de Canaples
Capitaine, & Canape Medecin. Canape, & Canaples, sont deux [i 6 vo,
p. 140] En France vaillans personnages. Tous deux en leur art seurs, & preux, Tous deux expertz, bien mœurs, & sages. Lun est des plus hardis courages, Bon deffendeur, preux assaillant. Lautre qui ne va bataillant, Deffend les corps de mal, & peine. Brief lun est Medecin vaillant, Et lautre est vaillant Capitaine. [i 6 vo, p.
140] –
A un sien amy. Si tu me viens
demander (Pierre) Si maladie vault santé, Te respondray, sans que je y erre, Car je lay experimenté, Par un mal qui ma tourmenté Tout le cerveau, & la cervelle. Il est vray que santé
est belle : Mais elle est un peu dissoluë : Maladie, amy, nest pas telle, Et si de nul nest bien vouluë. –
Autre. Si maintenant sçavoir pretends, Qui revisite mes amours, Je me doubteray que tu tends [i 7 ro,
p. 141] A leur donner pour moy secours : Ainsi croistra mon aml tousjours : Mais cessera tost en effect : Car je iray au guet nuitz, & jours Pour te y prendre dessus le faict. [i 7 ro, p.
141] –
Lautheur à son compere le
Sire Iean de Rochefort Lyonnois. A mon retour dedans
Lyon, Ou Dieu aydant de brief seray, Je prye Dieu daffection, Que lors que chez vous jentreray, Et quand vostre seur saluray Le mal madvienne, que je doubte. Cest que tel retour je feray, Que chez vous je ny voye goutte. –
A Maistre Antoine Senneton. Tes propos de tant
bonne grace, Font que Fontaine tayme, & te prise. Mais ton sçavoir qui la surpasse, La rend quasi comme entreprise, Doubteuse, confuse, & surprise, Si par ses vers te salura. Brief, de tescrire
trop esprise, Ce petit huytain donra. [i 7 vo, p. 142] –
A Monsieur du Peyrat
Lieutenant de Lyon : presenté sur les Rampars de sainct Just. Bien sois venu de Lyon
Lieutenant En ces ramparts, ou Pallas la Deesse, Qui est aux siens tousjours la main tenant, Ha adressé, & maintenant tadresse Le ruisselet, qui pour sa petitesse Ne sose pas vers toy nommer Fontaine : Mais toutesfois sa tant basse richesse Te va offrant : cest sa oetite veine. –
A Sire Ymbert Faure Lyonnois. Tu es beau, & de
belle taille, Honneste, & gracieux aussi, Et à qui la fortune baille Des biens assez : il est ainsi. Mais toutes fois oultre cecy, Je dy fortune de devoir Un poinct, que si tu peulx avoir Tu seras par tout triumphant : Lors la Grenette pourra veoir De ta façon un bel enfant. –
A Monsieur Nicolle Mellier
Lieutenant de Monsieur le Juge ordinaire de Lyon. Si ce jourdhuy que
Aeolus le grand Roy, [i 8 ro, p. 143] Ha descouvert la caverne des vens, Qui vont soufflans en tempeste, & desroy, La nue, & lair, leur naturel suyvans, Non que de mal en ce monde servans. Si ce jourdhuy
doncques tel que dessus Ta faict monter, non le mont Parnasus, Mais bien le mont qui est de toutes pars A Mars sacré, qui veult regner ça sus : Il faict devoir, car cest le jour de Mars. [i 8 ro, p.
143] –
A Maistre Jean Gravier. En tattendant le long
de la sepmaine, Nous tavons heu lors que le vieil Saturne, Triste, & tardif regnant en son dommaine, Le temps, & gens de tristesse
importune : Mais toutesfois si à heure opportune, Fais delivrer argent sans contester, Saturne aura assez bonne fortune, Et vauldra bien Sol, Mars, & Juppiter. –
A Sire Philibert Trougnart. A ce beau jour de
Venus gracieuse, Qui nonobstant est lamye de Mars, Sil est ainsi que ma Muse joyeuse Te veult donner salut sur ces Rampars, Cesr pour autant quen plusieurs autres pars [i 8
vo, p. 144] Tu es distraict, soit par pluye, ou par
vent : Et jay regret que de nous tu te pars, Et quil nous fault te perdre si souvent. [i 8 vo, p.
144] –
A lhonneur des Lyonnois Un grand honneur est
deu certainement A ceulx qui ont amour à leur païs : Loz immortel appartient seurement A ceulx qui ont bons statuz establiz, Par qui les gens sont ornez, & poliz. Mais quel grand loz, & quel monceau de
gloire Aux Lyonnois, plains de vertu notoire, Qui par argent, & gens un million, Pour bien plumer, & barrer Laigne noire, Vous font Lyon aussi fort quun Lyon ? –
A Dame blanche. Blanche je dy que tu
es brune, Et pardonne à ma Muse franche : Blanche je te dy sans rancune, Que tu es blanche, & nes pas blanche. –
A Colin malheureux. Tu maintiens que tu as
vescu Quarante bons ans, & entiers : Et que ne vis onc un escu, [k 1 ro,
p. 145] Non pas demy, non pas tiers Qui fust tien : Car par durs sentiers La povreté ta pourmené, Et ta tousjours des maulx donné, Et de maladie, & de guerre. Mais je maintiens que ta langue erre. Rabbas trente ans de tout ton vivre : O miserable sur la terre, Vivre en peine, ce nest pas vivre. [k 1 ro, p. 145] –
A Monsieur Maurice Sceve. Tes vers sont beaux, & bien luysans, Graves, & plains de majesté : Mais pour leur haulteur moins plaisans : Car certes la difficulté Le grand plaisir en ha osté. Brief ilz ne quierent un Lecteur, Mais la commune autorité Dit quilz requierent un docteur. –
De maistre Christofle Boulaud
advocat à Paris. Boulaud est rond comme
une boule, En faictz & dictz va rondement. Boulaud boult tout damour qui coule De son bon cueur incessamment. [k 1 vo] Boulaud est rond parfaictement, Et en sa rondeur par tout roule. O Boulaud, ne sçay
bonnement Par escript declarer comment, De taymer mon cueur se saoule. [k 1 vo, p. 146] –
Du bon Michault. Maint detracteur, & mesdisant Vient sur les gens de bien, gronder, Du bon Michault sen va disant, Quil ne faict rien que gourmander : Silz ne se veulent amander Je les iray contredisant. Et sil fault que les contredise, Je maintiendray, sans trop cuyder, Quilz sont menteurs pour leur devise. Menger du bon (qui bien y vise) Nest gourmander, mais friander. Nest gourmandise, ains friandise. –
A un Importun. Tu tesbahis quon ne te veult respondre, Quand tu requiers de plaisir, ou de bien : Tu entends mal, ou quon te puisse tondre : Assez respond qui ne te respond rien. [k 2 ro, p. 14] –
De Michault le bon mesnager. Michault vous faict tousjours
grand chere, Et ne luy chault combien il couste : Il nespargne pour sœur ne frere, Il desjeune, il disne, & puis gouste. Boit, menge, & nulz maulx ne redoubte, Froide cuysine ne veult suyvre. Que diray plus ? en somme toute, Michault sçait bien comme il fault vivre. –
Autre. Michault menge
tousjours la miche, Boit du meilleur, & nest point chiche, Et si ne peult devenir riche. –
Maistre Jacob à Lautheur. Puis quen Fontaine y
ha si grand plaisir, Mesme en la rime, & art de rhetorique, De boire en elle ay un si grand desir Pour sa vertu qui est tant authentique. Leau qui en part estr tressubstantifique, Qui lesperit eclarcit promptement. Peu jen ay beu, & men sens grandement : Mais si je puis encores jen bevray A mon souhait, & si abondamment, Que sçauray mieuls de poësie au vray. [k 2 vo, p. 148] –
Autre. Si mes ecritz sont
baignez, & lavez, Comme jespere, en la clere Fontaine, Plus ne seront de bon sens depravez, Car ilz tiendront de trop meilleure veine. –
Response par Lautheur. En la Fontaine in
estanche la soif, En la Fontaine on se lave, & se mire. En la Fontaine on prent soulas bien souef, Quand on y voit la belle eau clere luire, Qui lesprit peult esclaricir, & instruire. Mais pour trouver une Fonatine telle, En sa vertu, & si bonne, & si belle, Ne fault chercher de Paris la Fonatine : Mais bien plus tost il fauldroit chercher celle De Pegasus, tant sacree, & tant saine. –
Estreines. A Bartolomy Royet,
& sa femme. Prenez en gré ceste
petite estreine, Le pot à leau venant de la Fontaine. –
Maistre Nicolle le Jouvre à
Lautheur. Sans une longue, &
lourde maladie, Qui ma rendu maigre, palle, & deffaict, [k 3
ro, p. 149] Et dont ma teste est encore eslourdie, Je teusse escrit, O bon amy parfaict. Mais je ne suis encore bien refaict, Parquoy te pry la faulte me remettre, Si je ne puis user de longue lettre. Car je suis tant du long mal affoibly. Que ny pourroye adjouster un seul metre : Ce nonobstant ne tay mis en oubly. [k 3 ro, p. 149] –
Response par Lautheur. Tu ne mas pas en oubly
mis, Ainsi comme ta Muse chante : Car (amy entre tous amy) Ta lettre de douleur trenchante, Tout de dueil, & dennuy m’enchante. Mais je prie, O cueur anobly, Que ta maladie meschante Pouyr jamais te mette en oubly. –
A Monsieur Danesius. Seigneur, ton disciple
petit (Lequel en tes doctes lectures ha bien pris si grand appetit, que souvent dernier en partit, pour tes dictz mettre en escritures) peult il comprendre assez ta veine de sçavoir, & de doulceur pleine ? ton eloquence des plus pures ? non : tu es mer, il est fontaine. –
A Phebus malade. Phebus le Dieu de
medecine, Doit il querir un Esculape, Qui le pense, & le medecine, De peur que la mort ne le happe ? Quand je serois Evesque, ou Pape, Si ne puis entendre cecy. Mais mettez moy demain la nappe, Et je iray veoir sil est ainsi. –
Autre. Ton mal de pied sans
allegence, Phebus, vient il de ton amye, Ou de Venus ton ennemye, Te donnant son mal par vengence ? –
A ses deux amys Monsieur
Maurice Sceve, & maistre Bartholomy Aneau. Si vostre Esprit estoit
en moy, Je ne faindrois de vous escrire : Car jentends bien, & si le voy, Quen luy pouvez trop mieulx eslire. Ce que les sçavans vouldroient lire. Mais je vous escry seulement Pour donner vostre jugement Sus mes passetemps de jeunesse. Va
donc, livret, doubteusement Recevoir d’eulx sentence expresse. [k 4 ro, p. 151] –
A Monsieur maistre Jacques de
Cambray Chancelier de Bourges, estant à Ferrare. On te faisoit mort par
deça Y ha un an, amy parfaict. Mais depuis quelque temps en ça, Par du Moulin certain fus faict, Quil nen est rien de ce cas la. Or (bon amy) jayme
plus fort Qu’en vie sois de pardela, Que par deça tu fusses mort. –
A son Cousin maistre Jean
Bureau. A Dieu Tornus velle
petite, Mais que sur toute jayme bien, Pour un Bureau, qui y habite, Damytié digne, & de tout bien. Or à dieu, Bureau, que je tien [k 4 vo,
p. 151] Plus cher que fin drap en plain jour. A dieu le Grenier, & le Four. Je ne te dy à Dieu, la Saone, Car sil te plaist à mon retour Maccompagneras jusque au Rosne. [k 4 vo, p. 152] –
A Jean Chalant. Je diray dieu gard le
Chalant, Qui rit, & rime voluntiers : Qui se maintient tousjours galant, Des verdz, & des plus entiers, Qui va semant tous les sentiers Dequivoques galentement, En disant devant tous rotiers, Passe ly gourt joyeusement. –
A maistre Guillaume de
Troëmont. La jeunesse sçavante,
& belle, La simplicité de pucelle, Mais la bonne amour, me semond De saluer un Troëmont. –
A Monsieur Morelet, Conseiller
du Roy, Seigneur de la Marcheferriere. Si, veu ton sens,
& ton sçavoir, Pouvoient mes vers la force avoir [k 5 ro,
p. 135 [sic]] De testrener suffisamment, Tu dois bien croire seurement, Ma Muse en feroit son debvoir : Ma Muse basse doublement. [k 5 ro, p. 135 [sic]] –
A Monseigneur le Daulphin,
traduit des vers Latins de Borbonius. Veu qu’encor jeune as Esprit, & soing
dhomme, Et le cueur prompt en vertueuse voye, Veu qua François ton Pere, que je nomme Roy invaincu, es son espoir, & joye, De race yssant du preux Hector de Troye, Veu que tu as en armes tel’ vaillance, Que chascun craint de rencontrer ta Lance, Veu (brief) quen toy gist tout ce qui est digne Dun Prince grand, si par grace benigne Dieu te faict vivre, O combien ta vertu Fera florir la France tant insigne ? O Prince heureux combien grand seras tu ! –
A maistre Nicolle le Jouvre. Bon amy Jouvre, Ne fault que j’ouvre La basse veine De ma Fontaine, Pour essayer [k 5 vo, p. 154] Sans delayer Dun plein tonneau De la sienne eau. Tu en as veu Et en as beu. [k 5 vo, p. 154] –
Response par le Jouvre. Jay veu la veine, De ta Fontaine, De rive en rive Rendant leau vive. Je crains si j’ouvre Celle du Jouvre, Moins nette & pure, Que rende impure Plus dun tonneau De ta bonne eau. –
A Monsieur Sceve Conseiller
de Chambery. Ces jours passez on
troubla mes espritz, Ce fut du temps quon disoit que la Mort Tavoit vaincu, & en ses laz bien pris : Mais toutesfois de ce dire on ha tort. Car tu es bien demouré le plus fort, Et le vainqueur. Si Mort craint ta vertu, [k 6 ro,
p. 155] Et ton sçavoir (deux poinctz quon prise fort) Dorenavant (Seigneur) que craindras tu ? [k 6 ro, p.
155] –
A Monsieur le Capitaine Sala,
Capitaine de la ville de Lyon : presenté pour ses Estreines le moys de
Janvier dernier passé. Autre cas mon cueur ne
conçoit, Pour testrener en cest an present, Qun souhait dont te faict present : Que tamye, ta femme soit. –
A Anne Durande, Estreines
pour le mesme temps. Petit cueur en amours
nourry, Prendras tu pas en bonne estreine Ce seul souhait de la Fontaine, Que ton amy, soit ton Mary ? –
Au Capitaine George Regnart
Lyonnois. La courtoisie, &
bonne grace, Que je voy tant reluyre en toy, Ha faict que ce huytain je trace Te faisant de Fontaine octroy, Que bien prendras comme je croy. Car ta personne est tant bien née Que ma Muse je sens, & voy Daffection estre menée. [k 6 vo, p. 156] –
Epitaphe de Jean Thezé
Lyonnois, faict en vers Alexandrins. Pour tes grandes
vertuz, & tes tant doulces mœurs, La Mort eust bien voulu navoir si grand
puissance De te tuer (Thezé) helas, qui trop tost mœurs. Pource elle prolongoit ton mal de longue
instance, Craignant de renverser ta grace, & ta
constance. Mais ta mere taymant,
prioit son Dieu sans cesse, Quelle teust pres de soy. Lors feit obeissance A Dieu, la dure Mort, qui te tue, & me
blesse. –
A Monsieur de Boyssoné
Conseiller de Chambery. A qui pourroit mieulx
sadresser ma Muse, Qua cil qui ayme, & qui juge les vers ? Cest Boyssoné, qui de grand grace infuse, Poëtes ayme, & de poësie use. Sus donc mes vers,
soyez luy descouvertz : Soient les conduitz de la Fontaine
ouvertz : Mais tost soient cloz, craignant ceste
leçon : Que la Fontaine en son cours trop divers, Pour Boysoé cest trop basse boysson. [k 7 ro, p. 157] –
A Monsieur le Conseiller de
Lestoille. Tu es Lestoille nette,
& claire, Qui toute autre passe en clarté : Tu es Lestoille qui esclaire De nuict, de jour, en verité Deschassant toute obscurité. Tu es Lestoille au tant doulx œil. Mais en sçavoir, & en bonté Je te veulx nommer le Soleil. –
A Monsieur Brinon, filz
unique de feu Monsieur le President de Rouen. Grec, & Hebrieu en
ton jeune aage, Tu as apris, amy Brinon : Cest bien pour acquerir renom Comme ton Pere docte, & sage : Et pour tousjours haulser le nom, Qui sur tout nom ha lavantage. –
A Monsieur Tignac Juge
ordinaire Civil, & Criminel en la ville de Lyon. Lauthorité, &le
sçavoir, Quand ilz sont en une personne, Temme personne doit avoir Honneur de tous, que le devoir [k 7 vo,
p. 158] Pour lheur, & pour la vertu donne. Mais dabondant la grace bonne, Qui en toute humanité sonne, Ne peult que les cueurs ne retienne. Ce triple bien veult,
& ordonne, Que un Tignac en memoire on tienne. [k 7 vo, p. 158] –
A Monsieur du Lyon, Conseiller
en Parlement de Paris. Le Lyon est grand,
& puissant : Et tu es grand, fourny, & fort. Le Lyon ne se va baissant, Pour aux plus petits faire effort : Ny toy aussi, je le croy fort. Mais le Lyon est inhumain, Mouvant aux grans guerre, & discord : Et toy tu es à tous humain. –
A Monsieur Quelin, aussi
Conseiller au Parlement de Paris. Lamour, & faveur
dont tu uses Vers les sçavans, mesme au Saulvage, Mon parent du costé des Muses, Mon grand amy de long usage, Que jayme autant que mon lignage, Te font veoir ce petit huytain : [k 8 ro,
p. 159] Auquel porteras un visage Meilleur quil nest, jen suis certain. [k 8 ro, p. 159] –
A Marguerite Senneton
Lyonnoise, femme du Sire Jean de Rochefort. Lenfant qui est dens
vostre ventre, Dieu le face à heure prospere Sortir aussi doulx quil y entre : Quil resemble en vertu son Pere, Et en bonne grace sa Mere. Ce sont trois poinctz
que grandement Je desire presentement. Si en vain ne suis desireux, Je pourray dire hardiment Heureuse Mere, en fant heureux. –
A Monsieur du Peyrat
Lieutenant de Lyon : presente aux nopces de sa fille Madame Magdeleine. Peyrat plain dart, qui
entre un million As de doulceur, & la grace, & la
voix : Peyrat qui tiens dedans ce beau Lyon De juste Loy la balance, & le poix : Peyrat vengeant à lequité les Loix, Pourrois tu bien avoir onc si expresse Occasion dune extreme lyesse [k 8 vo,
p. 160] O Peyrat Pere en tout point approuvé, Que quand ta fille en sa fleur de jeunesse, Ha pour espoux un Torveon trouvé ? [k 8 vo, p. 160] –
A Monsieur le Conseiller
Torveon, & dame Magdeleine du Peyrat, pour le jour precedent leurs
nopces, quand il plouvoit. De ce temps ne prenez
ennuy, Beaux Espoux au cueur tant humain, Car je sçay bien quil pleure en huy, A fin quil vous rie demain. Fin du I. Livre des epigrammes. [l 1 ro, p. 161] Le Second livre des epigrammes. [l 1 vo, p. 162] A Monsieur Morelet de Museau, Conseil- ler du Roy, & Ambassadeur pour le- dit Seigneur en Suisse : Seigneur de la Marcheferriere, & du Bourgeau, Char- les Fontaine Salut. LUsage est tel de toute antiquité, Que les Autheurs leurs ouvrages adressent Aux gens sçavans, & gens dauthorité, Qui Apollo, & les Muses caressent. Mes Muses donc me prient, & me pressent Te presenter aucun ouvrage mien. Or va (livret)
& que tes pas ne cessent Jusque en Suisse, ou tu seras faict sien. [l 2 ro, p. 163] Le Second livre. –
Lautheur à son Livre. TU AS envie de troter, Mais tu devois premierement Ton Pere, & amys escouter, Et leur remonstrances noter, Ques en secret plus seurement. Mais tu dis que tu troteras : Et bien, à ton commandement Troteras, & repentiras. –
A Monsieur Philippes de Pise,
Esleu pour le Roy à Mascon. La bonne grace, &
bon vouloir, Qui sont en toy avec prudence, Sont trois poinctz qui te font valoir : Poinct que tu aymes la science, Comme on voit par experience : Ceulx qui lont sceu ainsi le dient. Donc de te faire reverence Les Muses, & amys me prient. [l 2 vo, p. 164] –
A Monsieur le Cardinal de
Lorraine. Puis que tu prens à ma
Muse plaisir, Le devoir veult que pas long temps ne cesse De saluer, & louer ta noblesse : Ains qua tescrire elle prenne desir. –
A Antoine de Pise En allant veoir
Monsieur Verius Au chappeau rouge à un matin, Quand parlions d’Artemidorus Lequel jay traduit de Latin : Ta grace, mieulx que ton Satin Me pleut adonc, & me feit dire, Que lesprit que je voy reluyre Soit en ton faict, soit en ta face, Peult aisément tout homme induyre A testimer en toute place. –
A Monsieur le Cardinal de
Tournon retournant sain par Lyon, par ou il avoit passé estant fort malade. Ma Muse avoit conclud,
& arresté A larriver le dieu gard vous escrire : Quand maladie, ayant trop attenté, Vostre corps (las) tenoit trop mal traicté. [l 3
ro, p. 165] Mais au retour à Dieu
jayme mieulx dire : Quand je vous voy recouvrer la santé. –
Lautheur à ses deux amys
Maistre Denis Saulvage, & Monsieur de Besze : entre les mains &
Jugement desquelz il remect son Livre. Livret va ten de Saone
à Seine Faire un grand sault vers le Saulvage, Et vers de Besze : qui ont veine Tant doulce, & riche à lavantage, Qui ont Esprit tant docte, & sage. Si de ton faict on
determine, Et les veulx croire, en maint passage Tu passeras par lestamine. –
A Zephyrus, & à sa Dame
Flora. O doulx zephyre en ce
beau moys regnant Donne faveur, & doulceur à mes vers. Ainsi te sois ta Flora couronnant Par grand lyesse emmy les champs ouvertz. Et toy Flora qui fais
les prez tous verdz, Toy qui fais tout florir, & qui floris, Toy quon nommoit par autre nom Chloris : Fay florissant du beau Paris la Muse : Et te rendra la Muse de Paris Tousjours honneur, ayant ta grace infuse. [l 3 vo, p. 166] –
Autre. A ladicte Deesse
Flora. –
A Maistre Marin Aublé,
precepteur des enfans de Monsieur le Connestable. Comme le Rose
freschement Depuis un quart dheure cueillie, Est tenue bien cherement, Avant quelle soit envieillie : Ainsi lœuvre qui se deplie Nouvellement, est de requeste : Et aussi tost quon la publie, Chascun luy rit, & luy faict feste. –
A Maistre Jean de Gouttes. Je sçay bien que cest
la raison, Que la Muse de la Fontaine, Dont on pourra ceste saison Veoir leau courant par mont, par pleine, [l 4 ro,
p. 167] Salue en sa petite veine Celuy qui cherit la science, Et ha des vers lexperience. Sus donc mes vers
marchez avant, Chantans icy par evidence, Quil est Poëte, & est sçavant. Je sçay bien que cest
la raison, Que la Muse de la Fontaine, Dont on pourra ceste saison Veoir leau courant par mont, par pleine, [l 4 ro,
p. 167] Salue en sa petite veine Celuy qui cherit la science, Et ha des vers lexperience. Sus donc mes vers
marchez avant, Chantant icy par evidence, Quil est Poëte, & est sçavant. –
A Maistre Vincent de la Louppe, advocat en
Parlement de Paris. La Louppe que ma Muse
louë, Mais plus sa vertu, & sa veine, Lan passé estoit à Padoue : Maintenant à Paris sus Seine, Loing de Lyon, ou est Fontaine. Toutesfois lamour dont il me use Faict que distance plus loingtaine Ne romproit m’amour, ny ma Muse. –
A Sire Jacques Senneton
Lyonnois. Voluntiers feroit son
devoir De te honorer, ma Muse basse : Mais lhonneur que te sçait avoir Avec tes freres, quon veult veoir Bien estimez en toute place, Est honneur qui ma Muse passe : [l 4 vo,
p. 168] Tel, & si grant, à bien noter, Que comme lon nen doit oster, Pareillement de bonne grace Je ny pourrois rien adjouster. –
A Pierre Moyreau de Dourdan
Compagnon Imprimeur : Lors quil composoit en Limprimerie le present
Livre. Ton art tant aymé de
la Muse, Ton art dont tu es tant expert, Faict que mon art ne te refuse Un Epigramme, comme appert. Bon Poëte par toy ne
pert Ny son honneur, ny son ouvrage, Ains sur le temps prent avantage. Si je compose dessus
toy, Cest bien raison : car mainte page Tu vas composant dessus moy. –
A Alexis Jure, de
Quiers : & Claude le Maistre Lyonnois. Tous deux ensemble
bons amys, Tous deux de feu Marot aymez, Tous deux en qui Phebus ha mis, Ses dons de tous tant estimez, [l 5 ro,
p. 169] Tous deux vous erez renommez Par ma Muse s’elle ha renom. Tous deux pour quatre amys nommez, Dont mes amys liront le nom. –
A Maistre Annemond Ploier
procureur de Lyon. Laissant la ville pour
le mont, Je vous ay bien laissé passer La feste de sainct Annemond Facilement sans y penser. Mais si fault il nous dispenser De la remettre à la huytaine, Pour la grand solennité plaine Deuement accomplie, & parfaire. Ou bien advisons au
contraire Si (sans le Pape supplier) Dimenche ne pourrions pas faire Du sainct Annemond sainct Polier. –
De Pierre. Pierre empruntoit
souvent mon saye, Plus souvent que moy le portoit : Et pour affaire quen je aye Jamais ne me le rapportoit. Mais bien ce pendant il doubtoit [l 5 vo,
p. 170] De lachepter pour tant, ou tant. Et lachepta, sot quil estoit : Il me trompa en lacheptant. –
A celuy qui se vantoit de ses
debtes mal assignees. Tu dis que Guillaume
te doit Cent escuz & Gaultier cinquante. Souvent tu les monstres au doigt, Comme celuy qui trop sen vante. Mais trop deceuë, & decevante Est ta parolle, & ta pensée, De debte si mal adressée. Dy autrement, tu diras bien. Cest que ta debte est trespassée, Car qui rien na, ne te doit rien. –
A celuy qui avoir peur de
mourir. Quand malade au lict
tu seras Voire à larticle ed la mort : Sçay tu (Monsieur) que tu feras ? Pour faire à lamort un grand tort, Et faire à santé ton accord ? Ne cherche Medecins exquis : Ne soient Apothicaires quis : Mais pour chemin plus brief du tiers, [l 6 ro,
p. 171] Fay moy, sur tes amys acquis, Le plus grand de tes heritiers. –
A Maistre Odoart le Verrier,
Clerc au greffe du Roy à Lyon. Ma Muse, or sus je te veulx commander Ce que tu scez, & que tu veulx bien faire. Cest un huytain à mon amy mander, Qui te congnoist, & ton loz ne veult
taire : Il ayme honneur, & vers luy se veult
traire : Pource quil suyt vertu sans varier. Va donc à toy, & à moy satisfaire, Par ce moys vert visiter le Verrier. –
A celuy qui perdit sa Maison,
le Samedy par sentence : & Samye fut emmenee par un nommé Dimenche. Ce moys de may ne
porte pas A un chascun trop bonne estreine : Mesmement touchant quelque cas Qui advindrent lautre sepmaine. Car celuy qui voluntiers meine Joyeuse vie autant que deux, A eu deux jours fort hazardeux. Samedy sa maison osta : [l 6 vo,
p. 172] Et le Dimenche autant fascheux, De sa Dame le desmonta. –
A Maistre Antoine Noailly
procureur à Lyon. Par ce Quatrain Polier sçaura, Mesmement le Verrier verra, Que Fonatine naura failly A saluer son Noailly. –
Lautheur à son compere, le
Chanoine Gauteret Lyonnois : pour le consoler sur la mort de sa sœur. La mort tuant ta sœur
tant bien aymée, Tant gracieuse, honneste, sage, & bonne, Ne pourra pas tuer sa renommée, Que la vertu mal gré la mort luy donne. Pren donc en gré (amy) & ne te estonne. Elle ha lignée à qui laisse du bien : Elle ha vescu laage dune personne. Maintes vouldroient bien mourir aussi bien. –
A Maistre Françoys Larcher,
Clerc des Comptes. Larcher qui plus pres
du blanc tire, Doit emporter lhonneur & pris. [l 7 ro,
p. 173] Lhonneur & pris je te desire, Veu lespoir dont tu es espris. Amy Archer tant bien
apris Tirer ou tout bon cueur aspire, Tu donnes joye à mes Espritz. –
A un beau prometeur, qui ce
pendant faisoit lamour. Tu me promectz de tes
habitz, Tu me promectz ton Dyamant : Tu me promectz ton beau Rubis : Et puis tu trenches de lamant. Lors comme la pierre d’aymant Tire le fer, certes ainsi, Tes voysines tirent aussi Anneaux, habitz. Je me reprens, Que premier ne prins tout cecy. Tu le faix trop à mes despens. –
De Michault. Le jour que la paix on
criot, Et quon faisoit les feuz de joye : Michault de rien sen rioyt, Estant content que lon le voye Comme qui de rien ne sesmoye. Contre luy le monde se meult, [l 7 vo,
p. 174] Querant si de lapaix se deult. Non (dit il) mais par toute terre, Quon crye la paix si lon veult, Jauray tousjours chez moy la guerre. –
Autre pour response. Ta femme qui ha bonne
teste, Le long du jour entierement Crye apres toy, & se tempeste Assez tempestativement. Mais toy tu fais tout autrement : Toute la nuict les potz, & plaitz Sont à ta bouche voirement. Comment dyable aurois tu la paix. –
A celuy qui avoit changé de
mœurs, par les biens, & honneurs. Quand tu avois tant
seulement Deux cens livres de revenu, Tu hantois tous egalement Autant le gros que le menu. Maint amy estoit soustenu Par toy, & aux champs, & en ville. Mais ores que tu as deux mille, Tu es glorieux devenu. Tu laisses maint amy tout nud, [l 8 ro,
p. 175] Et naymes que la croix, & pile Brief tu es riche, & inutile. Or pour rentrer à ton bon sens, Et estre à tes amys utile, Retourne donc à tes deux cens. –
A un Repreneur. Je nay veu de tes
vers, ne gris, Et ne sçay comme ilz sont mordans : Mais si tu mords plus mes escritz, Tu sentiras quilz ont des dens. –
A Monsieur de Chemant,
president de Piedmont : Lautheur allant à Venise. La Fontaine conjoincte
au Gué, Chemant icy chef de justice, Te offre humble salut de bon gré. O vray Caton en ton office, En ta science vray Sulpice, Puis que son cours tend autre part (Que Dieu parface, & accomplisse) te vient dire à Dieu, & dieu gard. –
A Monsieur de Loudon son
gendre. Ta grace, & ta
docte parolle, Qui sont deux poinctz à estimer, [l 8 vo,
p. 176] Font que ma Muse basse, & molle, Qui apres montz veult veoir la mer, Te congnoissant te veult aymer : Et taymant ha voulu tescrire : Tescrivant faire renommer : Et par escrit à Dieu te dire. –
A quelcun. Tu veulx compter
dessus tes doigtz Pour me bailler ce que me doibs : Mal me congnois, car mon cueur gent Requiers lamour, & non largent. –
Autre. Tu vas comptant dessus
tes doigtz, Pour me payer ce que me doibs. Rien ne me doibs, car mon cueur gent Ne veult tamour ny ton argent. –
A Monsieur Danebault,
Lieutenant pour le Roy en Piedmont. Si nostre Roy vous ha
tant honoré, Que de vous faire icy son Lieutenant, Pour les vertus dont vous estes paré, Quil congnoissoit, & quon voit
maintenant : Encor que soit mon style mal sonnant [m 1 ro] Pour saluer vostre haultesse grande, Grande raison à ma Muse commande A larriver ce salut vous donner. Vostre vertu plus merite, & demande : Mais sont plaisir sera me pardonner. –
A Maistre Françoys Morel
Greffier en la Court ordinaire de Lyon. Ton naturel de parler sobrement, Et daymer ceulx qui ayment la science (Dont jay le bruit, & quelque experience) Font la Fontaine à ton commandement. –
A Monsieur le Chanoine
Caille. Puis que tu as ja veu ma Muse, Et estimée de ta grace : Pas ne fault que je te refuse Cest Epigramme que je trace, Pour te presenter à ta face, Et recreer ce moys de May, Qui rend la Muse en toute place De lœil riant, & de cueur gay. –
Resjouyssance au commun
peuple pour ceste Annee 1545. Resjouy toy, ô
populaire, Qui tous ces jours fus tant fasché : [m 1 vo,
p. 178] Resjouy
toy, je te declaire, Que ton mal sera relasché : Tu auras à meilleur marché Le pain, le vin, & leur sequele, Par cest an qui se renouvelle. Dieu te donne un
regard propice : Et le Roy faict une nouvelle Ordonnance sur la police. –
Au Roy. A qui Lautheur avoit
faict presenter un Livre. Roy sur tous Roy
puissant, & eloquent, En hault sçavoir ton Esprit colloquant : Vray Xenophon, en qui parlent les Muses, Vray Ciceron qui tant deloquence uses. O vray Platon, dont la
Royalle bouche Porte le miel qui toute France embouche ! Vray Lysias, à qui Pallas en gage De bon amour, ha donné beau langage : Puis quil ha pleu à ton cueur tant humain Mon œuvre ouyr, la tenir en ta main, Et son Autheur retenir en memoire, Faisant de luy mention bien notoire : Que fera donc ta petite Fontaine Fors envoyer ruisseaux deau pure, & saine Vers ta Royalle, & haulte majesté, [m 2 ro,
p. 179] Qui tant splendit en sa benignité ? A qui je pry encore de
sa grace Presentement excuser mon audace. Celluy qui est un peu audacieux Aucunesfois nen est moins gracieux. –
De la Royne de Navarre. Comme entre les fleurs
ha renom La Marguerite : en grand constance Entre les Roynes ha le nom, Une Marguerite de France. –
A Maistre Guillaume Durand
Lyonnois. Soit temps de chault,
ou de froidure, Chascun va au monde endurant : Mais sans souffrir chose en rien dure Tu merites à grand mesure Estre cent fois cent ans durand. –
A Hugues Salel, Valet de
chambre du Roy : & Poëte Françoys. Salel amy bon, & parfaict, Ta veine est tant bonne, & parfaicte, Hault en doulceur, de tel art faicte, Que tu es hault par dict, par faict. [m 2 vo, p. 180] –
A Maistre Guillaume Tellin,
Secretaire de Monsieur le Duc de Guyse. Amy Tellin ta langue
est telle, Pareillement ton cueur est tel, Que quand en ce monde mortel Trouve parolle en cueur fidelle, Je dy cest luy, Je dy cest elle. –
A Maistre Antoine Virieu, Enquesteur
en la Seneschaucé de Lyon. Je tayme, & si ne
sçay pourquoy, Sinon que tu as un maintien, Qui ha de bon je ne sçay quoy : Avec un Esprit que je croy Né à bon heur, & à tout bien. –
A trois medecins de Lyon, qui
avoient visité Lautheur malade. Canape, Vacé, & Tolet, Phebus, Machaon, Podalyre, Voyans le patient, mollet, Le delicat, le mignolet, Quun autre Adonis on veult dire : Ont faict en luy santé reluyre, Au lieu de laide maladie, Qui avoit sa face enlaidie. [m 3 ro,
p. 181] Plus ne luy fault (dit lun pour rire) Sinon que sa Venus luy rie. –
A Lescuyer Caterin Jean,
Maistre de la Poste du Roy à Lyon. Puis que tu congnois
la Fontaine, Et que tu aymes tant les Muses, Quen recreation certaine Aucunesfois tu ty amuses, Tu en jouys, & tu en uses : De ma Muse ce May auras, Et ne croy pas que tu refuses Mes petis vers quand les verras. –
A Pierre Reclus, Apothicaire,
Lautheur estant malade à Lyon. Le Reclus, vray Reclus
de faict, Salue le Reclus de nom : Et si vouldroit tel estre faict, Reclus de nom, & non deffect. Mais quand de nom, & de renom Lun est Reclus, & de faict non, Cest raison que le nom il quicte, Car le seul faict, le nom merite. Et sil ne trouve cela bon, Prenne le faict, & quil macquite. [m 3 vo, p. 182] –
A Lavaricieux. Sesbahit on si tu as
bien De largent, & si tu es riche ? Fors que largent tu naymes rien : Tu es usurier, vieil, & chiche. –
Le jeune Homme. Sesbahit on si je nay
rien, Et si par cueur souvent desjeune ? Jaçoit que jaye eu de grand bien, Amoureux suis, liberal, jeune. –
A Monsieur Corqueron, Maistre
de la Chapelle du Roy. Qui veult sçavoir que
cest dhonnesteté, De bon vouloir, & de faire plaisir : Que cest dun cueur qui ha tousjours esté Remply dhonneur, & vertueux desir, Digne dun Roy, dun Duc, ou dun Baron. Qui veult sçavoir tout cela, doit choisir, Et emprunter le cueur de Corqueron. –
A Maistre Denis Saulvage. Le vin clairet qui
largement Entre le Bacchus, & la treille, Te mouuilloit solennellement [m 4 ro,
p. 183] Pour en remplir la bouteille De ton ventre, qui ne sesveille, Sil te feit peur plus que dommage, A mon advis ce nest merveille : La raison ? tu es Saulvage. –
A Maistre Pierre
Saliat : Lautheur retournans de dela les Montz. Jay laissé le païs de
guerre, Sçays tu pourquoy bon amy Pierre, Point ne veulx mourir pour le Roy : Je ne veulx mourir que pour moy. –
A quelques siens Amys. Vous vous esbahissez
comment Jescry tant en langue Françoyse : Ce nest faulte de jugement, Que jay petit, dont ce me poise : Mais un seul mot sans bruit, & noise, Renverse toutes raisons vostres. Cest que une langue si courtoise Est nostre, & si faict fruit aux nostres. –
A celuy qui lappelloit son
Frere. Par tout tu me vas
appellant Ton frere, & je ne sçay pourquoy. [m 4 vo,
p. 184] Comme une fille vas parlant, Pour moins que rien tu as esmoy : Tu es trop plus petit que moy : Et si nas barbe qui appere, Non plus qua ta sœur, & ta Mere. Que veulx tu
plus ? cela est seur Si tu mappelles plus ton Frere Je tappelleray donc ma Sœur. –
A un Receveur. Quand je cuyde parler
à toy, Non pas sans que je y aye affaire, Tousjours me renvoyes chez moy, Pour excuser ne voulant taire, Quas ailleurs à veoir, & à faire. Tu rends registre, tu rends compte, Pour Monseigneur le Duc, ou Conte. Tu rends raison du preterit : Tu rends argent qui beaucoup monte. Que puisses tu rendre l’Esprit. –
A Maistre Denis Saulvage
advocat, & Poëte Françoys. Ce style hault de
poësie obscure, Ces vers qui sont si graves, & pesans, Ces vers enflez dont aucuns prennent cure [m 5 ro,
p. 185] Son les admire, & pompeux, & luysans, Ce temps pendant ilz ont peu de lisans : La raison est pour lobscure haultesse. Quon les admire, & six ans, & dix
ans : Les miens on lyse avec leur petitesse. –
De le mort de Monsieur
Braillon, Medecin de Paris tresrenommé. Braillon qui la santé
bailloit Aux malades facilement, A se guerir trop defailloit, Quand mort le print subtillement. Tesbays tu (Lecteur) comment ? Le mal dautruy chascun voit bien, Pour y donner amendement : Mais chascun ne voit pas le sien. –
A dieu à Thurin, Lautheur
retournant de Venise. A dieu Piedmont, à
dieu Thurin, A Dieu Capitaines de Guerre : A dieu Fifre, à dieu Tabourin, Lyver crie quon se referre. Or à dieu Jean, or à dieu Pierre. Je men voys me chaufer chez moy, Au cueur de France, & en la terre, Qui est sans guerre, & sans esmoy. [m 5 vo, p. 186] –
Au Cardinal de Ferrare
Arcevesque de Lyon. La haulteur de ta
dignité, Et de ton sang la grand noblesse, Conjoincte avec ta gravité Pleine de prudence, & sagesse, Me tollissent la hardiesse Daprocher pres de ta personne. Mais ta sœur la bonne Duchesse, Elle, & non autre la me donne. –
A Maistre Pierre Saliat. Saliat, dont ne peult
saillir, Que tout bien damytié parfaicte : O que lon pourroit bien faillir Den trouver une si bien faicte, Qui ne seroit jamais deffaicte ? Telle est la nostre : quen dis-tu ? Tu dis que par mesme deffaicte Seroit deffaicte la vertu. –
A Monsieur Granger, docteur
en Medecine à Paris. Granger l agrange de
tous biens, Quen amytié lon peult trouver : Le grand amy entre les miens, [m 6 ro,
p. 187] Que Dieu ma faict tant esprouver. Je croy (encor sans le prouver) Que tant plus seras secourable, Comme on te voit bien arriver Au port de science honorable. –
A Pierre bon grain. Bon grain jamais ne
fut maulvais : Cela sen va son petit train. Que diray plus ? par sainct Gervais Jamais ne fut maulvais bon grain. –
A un de nouveau faict
Glorieux. Je mesbahy qui tefaict
glorieux, Je ne sçaurois en penser la raison. Il semble à veoir que sois tombé des cieulx Tant seulement depuis lautre saison. Tu nas changé damye, ou de maison, Tu nas changé de rien en aucun point. Vrayment si as : tu changeas de pourpoint Ces jours passez, & par quelque matin Tu te pensois veoir brave, & bien en point, Laissant le sac pour prendre le Satin. –
A celuy qui de son Amy
vouloit faire un serviteur. Tu me viens charger de
ta charge, [m 6 vo, p. 188] Je pense que cest pour trois jours : Trois jours passez nul me descharge, Et tant sen va du temps le cours, Que trente jours te semblent cours. Si que (la chose bien comprise) Tu me veulx cherger à ta guyse Pour tousjours sans aucun recours. Jay poir trois jours ta charge prise : Reprens ta charge pour tousjours. –
A un grand Bavart. Leau tombant du Ciel
bien menue Par temps, & par experience, Les cailloux cave, & diminue Combien quilz soient de dure essence. La terre qui prent patience Use son soc par grans journées : Les arbres usent leurs coignées : Mais ton babil plain de harengue, Et tes motz de longue [sic] menées, Nont jamais peu user ta langue. –
Du temps passé, &
present. Le temps passé lon
souloit recongnoistre, Et honorer ceulx qui par leurs escritz Faisoient le bruit, & lhonneur des gens
croistre, [m 7 ro, p. 189] Et occupoient leur Muse, & leurs Espritz Pour à vertu donner son loz, & pris. Mais à present que nous courons apres Les biens mondains, pour qui soit loing, soit
pres A tous les maulx nous sommes trop vouez, Laissant pour lor les faictz de loz expres, Ne tenons compte aussi destre louez. –
A un Glorieux. Quand je te dy, &
je te donne Bon jour, & Dieu gard tous les jours, Nul bon mot nay de ta personne : Or me dy à dieu pour tousjours. –
A Monsieur de la Fay
Lyonnois. Vertu constante, &
en face, & en mœurs (Seigneur tant plain de grace, & de
constance) Certes ne peult que nattire les cueurs A honorer sa force, & sa prestance. Pource (Seigneur) de toute sa puissance Tres voluntiers t’honoreroit ma Muse, Qui (de ta grace) ha de toy congnoissance : Mais comme de toy na pas la grace infuse. –
A Maistre Noë Alibert
Lyonnois. Lamour quon te porte
en la Ville, [m 7 vo] Et le renom qu’as jusque au Roy, Pour ton Esprit vif, & habille En ton art, qu{e}[1]
louer je doy, Tressingulier comme je voy : Pareillement (amy Noé) Ton cueur tant plain de bonne Foy, En ton amytié m’ont loué. –
Lautheur au Detracteur. Quelcun dira quand tu
me blasmes, Que voirement ce nest grand cas De faire ainsi des Epigrammes, Et que grand peine n’y ha pas. Or je te responds sur
ce pas, Deux Epigrammes sont faciles A escrire à Frere Lucas : Mais deux Livres sont difficiles. –
Lautheur à son Livre. Tu as esté tant
chastié, As tu envie encor de lestre ? Tu seras plié, replié, Noté à dextre, & à senestre. Mais tu veulx le monde
congnoistre. Sçays tu que le monde fera ? Le monde de toy se rira [m 8 ro, p.
191] Mais tu me responds, nonobstant, Que tel de toy se mocquera, Qui nen sçauroit pas faire autant. –
Aux Compagnons Imprimeurs de la
Ville de Lyon. Si aux sçavans on
doibt porter honneur, On doibt porter honneur à vous aussi : Qui apportez au monde ce bon heur, Que le sçavoir est par vous esclarcy : Lequel sans vous est obscur, & noircy : Vous lavancez, & luy donnez son lustre. Parquoy de vous je me
doy chanter icy, O gens heureux, ô Art noble, & illustre. fin du ii. livre des
epigrammes. [m 8 vo, p. 192] Limprimeur au Lecteur. Quand par moy maintz
Livres recœuvres, Diras (Lecteur) que mon desir Cest d’Imprimer nouvelles œuvres A fin de te donner plaisir. |
[1] Lettre e certainement ajoutée après l’impression : correction typographique, semble-t-il. La lettre est située un peu au-dessus des autres, collée contre le u précédent.